samedi 3 janvier 2009

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL
(XX)
La croisière de 1925
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Causerie du 10 mai 1925 (Dix-septième et dernière tranche)
L’EUROPE

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LES CHAMPS DE BATAILLE

Eugène Corbeil posant devant le mémorial de Verdun.
Photo aimablement fournie par Alice Lamothe Lilley.


« J’y ai vu les champs de bataille, j’en ai fait la visite et c’est peut-être la chose qui m’ait [sic] le plus ému : les champs de bataille tels qu’ils ont été laissés, le jour de l’armistice. Les champs de bataille où l’on a comblé toutes les tranchées pour en faire des champs de culture. Je suis plutôt impuissant pour décrire tout cela.
La France a reconstruit ses usines qui sont maintenant en pleine production, mais il faudra des années et des années pour faire disparaître de son sol les ruines accumulées par les barbares, par ces Allemands.
J’ai vu Reims où se trouvait le plus beau monument élevé à la gloire de l’idée divine; je l’ai vu mutilé; les obus ont tout massacré; les verrières furent en partie détruites; le feu a fait de terribles désastres. Jamais on ne reverra la cathédrale de Reims de ce qu’elle était. »
REIMS. La cathédrale abîmée. Carte rapportée par Corbeil.

VERDUN

« Je suis allé à Verdun : après avoir vu Verdun, je n’avais plus besoin de voir d’autre[s] chose[s]. C’est là que les Français ont vécu pendant dix-huit mois sous les obus, alors qu’ils en recevaient des centaines par jour, pour repousser l’invasion allemande. Verdun qui n’a été qu’un champ de bataille; au lieu d’avoir la charrue pour labourer les champs, ils avaient des précipices accumulés par les bombardements. Au milieu de tout cela, des centaines de cimetières contenant des milliers de cadavres.
Pendant dix-huit mois, on s’est battu, sans un moment d’arrêt, à Verdun. J’ai vu un endroit où étaient amoncelés [sic] 150,000 trous d’obus tirés en une semaine. C’est là que sont tombés, pour la défense de la patrie, 400,000 Français et 600,000 Allemands pendant dix-huit mois.
J’ai vu à Verdun le fameux fort de Vaux, qui a été le sujet d’un des plus beaux livres de l’écrivain Henri Bordeaux; je suis descendu dans les caves du fort. J’ai vu le souterrain par où les Allemands pénétrèrent, et, dans ce fort de Vaux, on s’est battu pendant des mois avec des torpilles, essayant de gagner du terrain, pied par pied. J’ai vu l’endroit où l’aumônier disait la messe, quelque chose d’environ 4 pieds de large par 7 ou 8 pieds de haut; j’ai également vu l’endroit où l’officier français a rendu le fort aux Allemands. Ils étaient encore 30 soldats valides; 155 blessés gémissaient et demandaient à boire. Dix-huit soldats laissèrent le fort pour aller chercher de l’eau pour ces malheureux, mais trois seulement revinrent avec un peu d’eau. Conséquemment, l’officier, voyant son impuissance, dut rendre le fort. ' Vous êtes des braves ', leur dit alors le commandant boche. »
Corbeil et les frères Pagé au fort de Vaux.
Photo aimablement fournie par Alice Lamothe Lilley.

« J’ai vu la suite des cimetières; le souvenir des morts paraît bien gardé ; on ne cesse de poser des couronnes de fleurs près des croix; et, sur un tertre, flotte toujours le drapeau français. J’ai vu l’endroit où 300 soldats furent enterrés vivants dans leurs tranchées. Il ne restait pour dire qu’ils étaient là que la pointe de leurs baïllonnettes [sic]. J’ai également vu quelque chose de bien triste et de bien lamentable; c’est l’Ossuaire. Cet ossuaire est composé de boîtes de bois, où sont enfermés les membres des soldats, ramassés sur le champ de bataille après la signature de la paix, c’est un bras, une jambe… Sur chacune de ces boîtes, on peut lire l’inscription suivante : ‘ Ossements ramassés à tel endroit à cette date du … Parents et amis, si vous pouvez savoir sur quel secteur était le père, le fils, l’ami que vous pleurez, s’ils étaient là, à cette date, ses ossements sont dans cette boîte.’
Si les plénipotentiaires, au lieu de discuter inutilement les clauses de la paix, venaient sur les champs de bataille, se rendaient à Verdun, près de ces cimetières, c’est alors qu’ils comprendraient combien profondes sont les blessures dont souffre la France et combien justes sont ses récriminations.
J’ai vu et essayé de comprendre ce que ça pouvait être de vivre comme des loups au fond des tanières, toujours dans l’humidité et sans lumière, de se coucher là, pour se reposer un peu et de se jeter dans un enfer où la mort planait de tous les côtés.
Cet héroïsme, on ne s’en rend compte que lorsqu’on voit les fils barbelés passés à travers les montagnes et au milieu desquels vivaient des centaines de soldats. Un peuple qui sait faire de tels sacrifices pour se défendre est un peuple qui a encore un grand rôle à remplir sur terre.
Un grand écrivain, René Bazin, dans un discours qu’il faisait à un banquier, René Bazin, l’ami des Canadiens, parlant de la France, de ses difficultés, de ses épreuves actuelles, disait : ‘ Il faut espérer quand même, parce que la France est nécessaire au monde. Elle est nécessaire au monde parce que Dieu a voulu qu’il y ait au monde un peuple qui soit toujours le défenseur du faible et de l’opprimé.’
La France est restée toujours l’âme généreuse, la patrie généreuse, le peuple généreux qui donne toujours le grand spectacle de l’égoïsme au monde entier et Dieu n’a pas préparé d’autres peuples pour prendre la place de la France.
Son œuvre est d’apostolat; Dieu veut que la France continue son œuvre et c’est pourquoi je crois que la France reprendra sa place parmi les nations.
C’est pourquoi je vous disais : ‘On revient plus amoureux de la France, plus convaincu de l’avenir de ce peuple; se glorifiant d’être français moi-même. Fils aînés de la France, nous sommes contents de l’être et tout à l’heure, ce sentiment était exprimé plus éloquemment dans ce chant ‘Vive la canadienne’. »
Corbeil et les frères Pagé à Verdun, au mémorial.
Photo aimablement fournie par Alice Lamothe Lilley.

« Nous pouvons aimer les Canadiens parce qu’ils sont français, canadiens-français d’Amérique. »
(F I N)

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Curieusement, Corbeil ne parle pas de son séjour en Belgique à ses ouailles. Il faut lire ces deux cartes postales expédiées à Éliane Bergeron pour l’apprendre. Nul doute que les lettres expédiées à La Tuque pendant son voyage nous donnerait davantage de détails sur ses allées et venues en Europe.
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[À Éliane Bergeron]

Paris, 24 mars 1925

Ma chère Éliane,
Je reçois ta lettre, celle de Sr Supérieure et d’Yvette et les voeux des enfants.Merci à tous ! J’étais très heureux de toutes ces bonnes nouvelles. – J’arrivais de Belgique où j’ai passé cinq jours très heureux et très intéressants. J‘ai vu Bruxelles, Louvain, Anvers et Malines. – J’ai aussi visité les campagnes. J’aime beaucoup la Belgique et le peuple belge que je ne connaissais pas. Je crois que les Belges […]
[La suite manque.]


Melle E. Bergeron
La Tuque
Co. Champlain
P.Q.
Canada

Reims, 27 mars 1925

La visite des champs de batailles fait renaître toutes les indignations contre la barbarie boche. Mais en même temps, notre admiration grandit pour cette France qui a su, par ses propres moyens, par son seul courage, refaire en grande partie ce qui avait été détruit de fond en comble.
Bons souvenirs.
Eug. C.


Paris, le 31 mars 1925
Ma chère enfant. –
Malgré le grand désir de vous revoir tous à Pâques, j’ai dû retarder mon retour parce que je n’ai pu trouver les accommodements désirés sur les bateaux en partance et aussi parce que je ferai un bien bon emploi de ces derniers jours à Paris. J’y ai fait** de bons amis qui me proposent plusieurs jolies excursions dans les environs. – C’est ainsi que je suis invite à aller assister à une chasse à cour[re], dans une forêt célèbre, à 50 milles de Paris. J’irai donc les 2, 3, 4 avril.

** On notera l’anglicisme : « ai fait des amis »…

Mon compagnon vient de m’apporter ta dernière lettre et celle de Sr. Supérieure. – Oh ! les bonnes lettres. – Comme ça fait plaisir. Je partirai donc le 8 avril sur «La France» [sic], un des plus beaux bateaux de la Ligne Française. Je serai à New York le 15 et le 16, je serai à Ottawa [le] 18 et le 19, et à La Tuque le 20 ou le 21 avril. Donc dans vingt jours !!! Hourra [?] J’ai passé 4 jours, la semaine dernière à visiter les champs de bataille, de Reims à Verdun. Quelle horrible chose que la guerre !!! Il faut voir le pays mutilé par les obus, les trous où se terrait l’armée, les barrages en fer barbelé, et surtout les cimetières, pour se faire une idée […]P.S. – Je n’ai pas encore fixé ce retour. Mais ce sera probablement dans la p[remière] semaine d’avril. J’ai accepté, pour le 31 mars, l‘invitation d’assister à un grand banquet où je rencontrerai de grands Français, amis du Canada : Mgr Baudrillart, Goyeau, Bazin (1), etc., etc. Enfin, je crois que je serai à La Tuque vers la mi-avril, peut-être pour Pâques, mais ce n’est pas sûr. Cela dépend des bateaux.
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Notes

(1) Certes, ces gens étaient du nombre des notables de Paris.

L’évêque mentionné par Corbeil est Alfred-Henri-Marie Baudrillart (1859-1942), qui fut élevé au rang de cardinal en 1935 , curé de l’Institut de Paris, de 1907 à sa mort.

Quant à ce Goyeau, il s’agit sans nul doute de Georges Goyau (1869-1939), historien, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire de l’Église et la papauté. Marié à Séraphine-Élize Félix-Faure, fille du président de la république, il avait été reçu à l’Académie française en 1922.

Le troisième larron est le romancier René Bazin (1853-1932), membre de l’Académie française depuis 1904.

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lundi 22 décembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL
(XIX)
Le long périple de 1925


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Causerie du 10 mai 1925 (Seizième tranche)
P A R I S
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Paris. Sept ponts sur la Seine.
Toutes les cartes reproduites dans cette page

proviennent de mes archives et ont été soit rapportées par
Corbeil soit expédiées par lui.

Les photos sont également de mes archives personnelles
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« ‘ Paris n’est pas seulement une ville – disait quelqu’un – c’est tout un monde ’. Un autre disait : ‘Paris a quelque chose de spécial; toutes les villes ont des admirateurs, mais Paris a des amoureux’, et ces paroles sont vraies. Vous me direz peut-être : ‘Mais dites-nous ce qu’il y a dans Paris pour faire tant d’amoureux?’ Tout est là, tout ce que l’art, tout ce que le génie humain, tout ce que la noblesse des sentiments, tout ce que l’héroïsme a pu faire, on le trouve là. Il y a de tout à Paris, chacun y revient avec satisfaction. On trouve tout dans Paris : ceux qui y vont pour leur plaisir; ceux qui y vont pour y chercher des trésors de science et d’art les trouvent dans Paris; ceux qui y vont pour y chercher un peuple laborieux, un exemple de travail, le trouve[nt] dans Paris. Vous voulez maintenant y trouver un exemple de piété : montez à Montmartre et, là, vous verrez prier. »

Paris. Le Sacré-Cœur.

« Ceux qui y vont en reviennent amoureux. En parlant de Rome, un pape demandait aux voyageurs qui visitaient la ville : ‘Combien de temps avez-vous passé à Rome? ‘ Les uns répondaient : ‘15 jours.’ Alors, il leur était répondu : ‘Au revoir.’ Mais à Paris, ceux qui n’y ont passé qu’un jour peuvent néanmoins dire : ‘Au revoir.’

Paris est le siège du gouvernement et des grandes administrations de l’État. Nous y trouvons de grands musées d’art, de science et d’industrie; nous y avons là tout ce que le monde a pu réunir de beau sur la terre. Les monuments élevés dans cette ville ne cessent de redire les gloires passées. Tant de souvenirs s’y trouvent réunis. Mais, depuis des centaines d’années, le génie humain a écrit les plus belles pages de l’histoire du monde dans ce Paris. En voyant le Dôme des Invalides, notre pensée se porte vers Napoléon. On le revoit au commencement de son histoire alors que, pauvre, il débarquait à la gare de Lyon. Vingt ans après, il est acclamé, fêté; Paris est à genou devant lui. »

Paris. Les Invalides.

« J’ai été conquis par Paris, J’y ai fait de bons amis; de bonnes familles françaises m’ont reçu gracieusement. J’ai appris à connaître le Paris laborieux, des hommes dans le commerce, des héros de la guerre. Le Paris généreux avec ses idées nationalistes. J’ai pu applaudir Daudet, acclamé le cardinal Dubois. J’y ai également vu jouer le drame de la Passion et j’y ai entendu chanter les plus grands artistes du monde. »
(À suivre)

Paris. L’Avenue des Champs-Élysées

Paris. Le lac du Bois de Boulogne.

Paris. Parc des buttes Chaumont.



À Éliane Bergeron

Paris, 4 mars 1925

Ma chère Éliane,

Ta dernière missive était sans doute bien éloquente par l’image ! Mais un peu courte. J’ai la pensée écrite. Elle m’a fait plaisir tout de même et je te remercie tout en ayant l’envie de te gronder pour n’écrire pas plus longuement et plus souvent. – Mais c’est fait et quand tu recevras cette lettre, je serai à la veille de partir. – Comme ce sera charmant de retourner dans ma chère paroisse et de revoir toutes les chères âmes qui me font la vie si agréable.-
Je ne fais qu’arriver à Paris. – Je commence à lier des relations, j’espère me faire de bons amis. Demain j’irai entendre Daudet et les gros canons royalistes, et vendredi, j’assisterai à la grande démonstration catholique à la salle Wagram. Ce sera un bon commencement. J’entendrai l’Aiglon et les cloches de Corneville cette semaine. –
Comme tu vois, je ne perds pas mon temps. J’espère que je t’intéresserai quand je serai de retour.
Bien cordialement.

Eug. C. ptre

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ÉLIANE BERGERON, ma tante et ma marraine

Éliane Bergeron.

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J’ai eu la surprise de découvrir, dans le carnet que consacre Pierre Cantin à Sanmaur et aux Hauts-Mauriciens,
(http://sanmaur-mauricie-cantin.blogspot.com/),
la reproduction de cet entrefilet d'un carnet mondain consacré à Éliane,qu'il a trouvé dans l’édition du 29 avril 1926 de l’hebdomadaire, The St. Maurice Valley Chronicle, publié à l'époque àTrois-Rivières.

Éliane, jeune fille.

Je dois beaucoup à ma tante Éliane, l'ainée de la famille de Joseph-Honoré Bergeron et d'Élodie Paquet, qui, en plus d'être ma marraine, fut pour moi une deuxième mère. Son désir de maternité ayant été assombri par la perte d'un bébé et d'une fausse-couche causée par une grossesse ectopique, elle déversa sur moi son amour maternel.
C'est elle qui m'a enseigné toutes les matières scolaires de la première année et, à 6 ans, j'entrai sans difficulté en deuxième année.
Toutes les semaines, elle m'achetait un livre, québécois de préférence. Plus tard, j'héritai de sa bibliothèque, riche en classiques, biographies, livres d'art, récits de voyage. Aujourd'hui, ce sont ses arrières-petits-neveux et nièces qui les utilisent pour leurs études universitaires.
Généreuse, elle aida financièrement ses plus jeunes frères et sœurs à poursuivre des études.
Très jolie, elle fut, paraît-il, une jeune fille très populaire à La Tuque. On lui a connu plusieurs fiancés, mais ce n'est que dans la trentaine qu'elle trouva enfin celui qui réussit à la charmer : Jules Trottier.
Éliane est décédée à l'âge de 99 ans et 10 mois, le 17 octobre 2003.

Micheline et sa marraine, à l’occasion du 90e anniversaire de celle-ci.

Dans un recueil de textes sur la famille Bergeron, ma tante livrait quelques éléments de sa vie.

«Je ne connais guère ma paroisse natale. Mon père a pris pignon sur rue à Lyster et ensuite à La Tuque. Cette fois, ce fut pour plus d'un demi-siècle. J'ai donc quitté le 'pays de mes ancêtres' alors que j'avais tout juste l'âge de raison. Après mes premières années de scolarité, j'entre à l'École normale de Nicolet, dirigée par les religieuses de l'Assomption. À 16 ans, j'obtenais mon brevet académique d'enseignement.

De l'Université Laval de Québec, je reçois un diplôme supplémentaire en culture générale. Étant trop jeune pour enseigner, j'étudie une année supplémentaire au pensionnat de Nicolet, en attendant d'avoir 18 ans. En 1921, je me lance dans l'enseignement. C'est ce que je désirais! Pour débuter, on m'envoie dans une école de rang**, où j'ai la responsabilité d'élèves de 5 à 18 ans, de niveaux multiples. Puis, pendant 11 ans, j'enseigne au pensionnat de La Tuque***.

Le 4 janvier 1934, j'unis ma destinée à Edmond-Jules Trottier. Cérémonie religieuse en l'église St-Zéphirin de La Tuque, et je déménage à Montréal. Pour occuper mes loisirs, je m'inscris à l'Université de Montréal, où j'obtiens, en 1937, un parchemin en Sciences sociales. Je fais quelques années de bénévolat et, après le décès de mon époux, en 1951, je retourne à l'enseignement. Et j'y tiens le coup durant 21 ans, dans la ville de Montréal.

Pour moi, il n'y a pas de troisième âge; je remercie le Seigneur de me donner une bonne santé, malgré mes 84 ans. Durant mes années de retraite, je fais de grands voyages, dont six en Europe, non seulement dans le but de me promener, mais toujours avec l'idée de développer mes connaissances.

' Savoir accepter la vie quotidienne, c'est le vrai remède pour demeurer jeune! ' »

_ _ _

** Sans doute dans les environs de La Tuque : à La Bostonnais, à La Croche ou au Lac-à-Beauce.

*** Soeur Saint-Marc.
Mes tantes Éliane et Yvette Bergeron ont eu comme patronne cette sœur Saint-Marc, qui fut la directrice du couvent à La Tuque. Surnommée la « Grande Générale », elle semait la terreur chez les enseignantes et les élèves.


Éliane comptait Françoise Gaudet-Smet (1902-1986) parmi ses amies d’études. Cet exemplaire, fortement défraîchi, du premier ouvrage de cette dernièere, Derrière la scène (Drummondville, « La Parole », 1930), des chroniques, avait été donné à Éliane par son auteure, qui le lui avait autographié. L’illustration de la couverture est de Simone Routier (1901-1987). qui, l’année précédente, avait remporté le prix David pour son recueil de poèmes L’Immortel Adolescent (Éditions Le Soleil, 1928). Elle a aussi signé de nombreux textes du pseudonyme de Marie De Villers et celui de Tante Marie..
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lundi 1 décembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XVIII)

Le long périple de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (Quinzième tranche)

R O M E

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« C’est la ville merveilleuse par son passé, la ville aux grandes et majestueuses églises, la ville avec ses reliques qui nous racontent si bien l’histoire du passé, surtout la ville où est notre chef spirituel, et où se trouve le plus beau et le plus grands des monuments du monde : Saint-Pierre de Rome. Je remets à plus tard de vous parler de Rome.

J’aurais voulu vous décrire un peu la ville, le climat et la beauté de la Côte d’Azur, mais il faut se borner. Je ne vous dirai qu’un mot de Paris pour terminer cette soirée. »

(À suivre)

Notre conférencier a sans doute précipité son propos : ses commentaires sur les lieux qu’il a visités en Europe sont plutôt brefs.

Cartes postales rapportées d'Europe par EugèneCorbeil.

Archives de Micheline-Raîche Roy.


Deux photos aimablement prêtées par Alice Lamothe Lilley

et prises à Rome par l’un des frères Pagé.

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dimanche 23 novembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XVII)

Le périple de 1925 : de Marseille à Londres

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La France

La Côte d'Azur

Petit intermède familial

J’interromps la publication de la causerie d’Eugène Corbeil – elle reprendra dans ma prochaine page – mais je présente le contenu de deux envois du curé à Léo et Éliane Bergeron qui s’inscrivent dans la chronologie des événements abordés jusqu’ici.

Pour la dernière partie de la croisière, il nous faut faire preuve d’imagination et ne se fier qu’aux cartes envoyées par le curé de Marseille et de Nice.

Le navire aurait quitté l’Égypte, probablement d’Alexandrie, le port le plus près du Caire, pour traverser la Méditerranée et accoster à Marseille, en France, là où se terminait, je crois, la croisière. Nos trois voyageurs sont sans doute descendus du paquebot qui retournait à son point de départ, New York. Et c’est probablement en train qu’ils ont ensuite longé la côte, vers Nice, Menton et remonté vers Rome, objet de la prochaine tranche de la causerie.

Je n’ai aucune carte de Rome, mais Corbeil en a sûrement rapporté, car il a demandé à Éliane, sur une des cartes reproduites ici, de lui en garder quelques-unes. Elles doivent être dans des archives qui demeurent introuvables, malgré mes recherches.

Deux des cartes expédiées de France à La Tuque ont été adressées à Léo Bergeron, le frère d’Éliane. Le jeune homme était un protégé du curé qui a généreusement aidé financièrement des jeunes gens doués à poursuivre leurs études classiques et universitaires.

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Marseille, 16 fév. 1925

Mon cher Léo,

Enfin je suis à Marseille après 35 jours de voyage bien intéressant au milieu d’un groupe d’Américains et de Français vraiment distingués. – J’ai été traité par tous avec la plus grande sympathie et je suis fort heureux des relations que j’ai liées sur le bateau. – Mais comme tu le comprends, tout cela ne pouvait me faire oublier ma chère paroisse et mes amis. Aussi j’avais bien hâte d’arriver à Marseille

[La suite est rédigée sur une carte que j’avais remise à Léo et que je n’ai pu récupérer.]

[Il manque ici une carte qui poursuivrait le texte. MRR]


Mlle Éliane Bergeron

La Tuque

Co. Champlain

PQ

Canada

Marseille, 16 fév. 1925

Ma très chère enfant,

Enfin après 35 jours de belle navigation, en compagnie charmante et après avoir parcouru et visité l’Orient, j’arrive à Marseille où je vais rencontrer tous les miens. – Quelles heures heureuses je viens de passer à vous relire tous. – J’ai lu et relu tes deux lettres du 13 et 14 janvier, celle de Sr. Supérieure, d’Yvette et de Léo et d’autres. Merci. – C’était du soleil et de la chaleur pour mon cœur alors que le mistral soulevait la Méditerranée et jetait de la pluie en abondance sur toute la côte. – Il nous est arrivé une aventure à Monaco.

[Note : Yvette est la sœur de Léo et Éliane.]

[...]

Elle s’est terminée un peu brusquement, mais c’a été en somme une très belle croisière.– Maintenant, nous irons à l’aventure, sans programme fait à l’avance. Demain, nous irons nous installer à Nice pour quelques jours et nous y trouverons plusieurs amis. Je suis heureux de savoir que tu te reposes à 4 hres. C’est l’heure qui convient le mieux (à mon avis) pour te remettre des fatigues de la journée. – J’ai lu avec un grand intérêt et agrément les deux lettres mauves et roses. – Je te dirai à mon retour le plaisir que j’ai eu à les lire. Tu écris bien; continue.
Je t’écrirai plus tard.
E. C. ptre

Cannes,

17 fév. 1925

Vive la Côte d’Azur, la bien nommée. Je t’envoie des effets de vagues que je n’ai pas vues mais qui sont réelles tout de même. Nous serons à Rome la semaine prochaine.

Sincèrement

E. C. pt.

Menton, 20 février 1925

Ma chère Éliane,

Toi qui aimes tant les parfums (ce qui n’est pas un reproche, au contraire, puisque aimer le bon et le respirer se lient comme la cause et l’effet), tu seras intéressée d’apprendre que je suis allé visiter une usine qui fabrique des parfums. – Là j’ai appris bien des choses que je ne savais pas, à savoir que la graisse de porc mêlé à la graisse de bœuf sert à extraire des fleurs les sucs parfumés, ensuite avec de l’alcool ou du pétrole on extrait de la graisse le parfum. – Puis il faut 10 tonnes de fleurs pour avoir 2 lbs de parfum. Avec les résidus, on fait les savons parfumés, etc. Voilà maintenant les mois [?] souvenirs de fleurs pour la fabrique de parfums. Ici c’est un coin du paradis puisqu’il n’y a pas d’hiver et que les arbres ont une vie éternelle. À peine les vieilles feuilles sont-elles tombées que déjà les bourgeons surgissent. Actuellement tous les arbres fruitiers sont en fleurs. – C’est un spectacle délicieux. Je t’apporte un peu de ce parfum liquide et solide. – J’imagine que tu le trouveras bon. – J’ai choisi celui que tu aimes (violette). Nous partons pour Rome demain soir et nous y serons samedi soir. Bons souvenirs.

Eug. C.

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Léo et Éliane Bergeron. La Tuque, 1906. Archives de Micheline Raîche-Roy.

Mon oncle, Léo Bergeron

J’ai prévu livrer dans un autre carnet un aperçu de l’histoire de ma famille. Je profiterai tout de même de celui-ci pour présenter mon oncle Léo, puisqu’il fut en quelque sorte le protégé de Corbeil qui lui permit de poursuivre ses études à l’extérieur de la ville.

Léo est né à Saint-Agapit, le 18 août 1905. Ses parents, Joseph-Honoré Bergeron et Élodie Paquet emménageront à La Tuque, sept ans plus tard. Léo fait ses études primaires au collège de La Tuque. Remarquant les aptitudes et l’intelligence du jeune garçon, le curé Corbeil conseilla à ses parents de lui faire poursuivre des études plus avancées avec, probablement, l’idée non avouée de le diriger vers la prêtrise. Le jeune homme revêtit la soutane pendant quelques mois, mais réalisa vite que ce n’était pas sa vocation. Il en prit conscience lors d’un séjour à l’hôpital , où il admira le dévouement des médecins qui l’ont soigné.

Léo avait fait son cours classique au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, puis ses études universitaires à l’université Laval, à Québec, où il reçut le parchemin de docteur en médecine, en juin 1932.

Léo Bergeron, finissant en médecine, juin 1932.

Archives de Micheline Raîche Roy.

Il entreprit sa carrière à La Malbaie, où il resta jusqu’en 1941, année où il achète la pharmacie de Maxime Comtois et sa clientèle, à La Tuque. Pendant 12 ans, il sera très apprécié de la population. À l'automne 1953, il s'installe à Sillery, car ma tante Germaine avait toujours rêvé de revenir dans sa ville natale. Il prend quelques mois de repos et, en avril 1954, il est médecin à la Commission des accidents du travail. Reconnaissant sa compétence, la Commission le nomme médecin-chef, poste qu’il occupera de 1967 à 1972.

Il est décédé le18 janvier 2001 chez son fils Jacques, à La Tuque, où il demeurait depuis le décès de son épouse.

La pharmacie Bergeron, en 1945, au 66, rue Saint-Joseph, à côté de ce qui était jusqu’à récemment l’épicerie J. A. Bertrand, devenue une boutique de location de DVD et de VHS, entre les rues Saint-Antoine et Saint-Louis. Le numéro civique deviendra le 332. Plus tard, ce furent la Pharmacie Marchand, la Mercerie Leblanc, propriété alors de Claude Cantin, puis un petit bar, qui occupèrent successivement le rez-de-chaussée de l'édifice. Actuellement, c'est une boutique d'articles du terroir tenue par deux jeunes femmes de La Bostonnais. Le dentiste Albani Sirois y eut son cabinet à l'étage pendant plusieurs années.

Photo tirée du site « Souvenirs du Dr Max Comtois », http://drcomtois.situs.qc.ca/emma.html.

À son arrivée à La Tuque, en 1941, la famille du médecin vivait à l’étage. Je me souviens qu'il y avait des clapiers dans la cour arrière. Un escalier montait du rez-de-chaussée au logement. Et le bureau d'oncle Léo était à l'arrière de la pharmacie.

Autre souvenir. Il y avait un comptoir où l'on servait la Melorol, cette glace en forme de rondelle entourée de carton, qu'il fallait déchirer avec précaution pour en extraire la crème glacée. Vers 1950, j’allais aider tante Yvette, gérante de la pharmacie, à servir les nombreux clients, le dimanche matin, après la messe.

Annonce tirée du St. Maurice Valley Chronicle. Celle de la Pharmacie Marchand, page 42 de la section des pages jaunes du bottin téléphonique de Télébec pour La Tuque et la Haute-Mauricie, publié en décembre 1970, précise que Jacques Marchand, son propriétaire, est "pharmacien et chimiste" (il est détenteur d'un B. A., d'un B. Ph. et d'une L. Ph.) et que son commerce vend toujours des "Bonbons Laura Secord".

En août 1932, Léo avait épousé Germaine Jalbert, la petite-fille de Damase Jalbert, le fondateur du célèbre village industriel de Val-Jalbert (http://www.sepaq.com/ct/val/fr/photos.html), au Lac-Saint-Jean, devenu un site historique.

Léo Bergeron et Germaine Jalbert posant devant l’édifice du parlement canadien, à Ottawa, le 27 août 1932. Archives de Micheline Raîche Roy.

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