mardi 16 septembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL
(VIII)

La croisière de 1925
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L’ALGÉRIE
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Causerie du 10 mai 1925 (sixième tranche)

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B L I D A


« Blida est une très vieille ville arabe. Quand nous y arrivons, il est près de 5 heures; toute la population est sur la place publique, où une vingtaine de petites voitures portant tous les objets de commerce imaginables sont alignées. Il y a de tout dans ces petits magasins ambulants.
Des femmes et des enfants circulent lentement, examinant ces curieux étalages. »

Scène typique dans un village arabe; carte postale rapportée par Corbeil.

« Pendant ce temps, les hommes, silencieux et solennels, enveloppés dans leurs grands manteaux qui furent blancs, mais qui sont maintenant d’une couleur sans nom, la tête couverte d’un turban de même couleur, les hommes, dis-je, assis par terre ou sur des pliants, le long des murs des maisons, fument en buvant un café très noir et très fort. »

Des Arabes, en manteau et turban; carte postale rapportée par Corbeil.


« Nous faisons en auto, très lentement à cause de la foule, le tour de cette immense place publique. Des enfants, des femmes et des hommes nous suivent en demandant l’aumône. Quel peuple misérable et il semble impossible de l’arracher à sa misère parce qu’il l’aime.

Je me demande si la religion musulmane avec son fatalisme n’est pas la cause de cette déchéance ‘C’était écrit’. Ce fut pourtant, dans les siècles passés, un peuple brave, riche et glorieux. Aujourd.hui, ils sont comme des esclaves, et résignés; ils vivent du souvenir de leurs grands marabouts. Cependant la France est bonne pour eux, mais obligée d’être sévère dans la répression des révoltes, et assure ainsi à tous la paix et la sécurité. La crainte seule peut les empêcher de se battre entre eux et de se détruire.

C’est en 1830 que la France faisait la conquête de l’Algérie et, après 1870, sur les conseils de Bismarck, qui voulait faire l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine, elle fondait son empire colonial. Elle ne l’a pas regretté car, pendant la grande guerre de 1914, l’Algérie fut son grenier et sa force, lui fournissant les vivres, les munitions et plus de 700 000 bons et courageux soldats.

Nous saluons, à Blida. la statue du maréchal Lamoricière, érigée sur l’emplacement même où il gagna la dernière grande bataille qui assurait à la France la possession tranquille et définitive de l’Algérie.

Puis nous retournons à Alger où nous arrivons à la nuit. »

(À suivre)

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NOTES

La statue de Lamoricière
D’après mes recherches, cette statue du général Louis Juchault de Lamoricière avait été érigée à Constantine, sur la route menant de Blida à Alger. Elle se trouve maintenant en France.

Trouvailles : archives familiales et papiers de notaire


Depuis que les membres de ma famille savent que je m’intéresse à l’histoire des Bergeron et à celle du curé Eugène Corbeil, tous et toutes coopèrent à l’enrichissement de cette saga familiale. Ainsi, une cousine, Claire Bergeron, m’avertissait récemment de la prochaine mise en vente de la maison de sa famille, à Charlesbourg, et me signalait qu’elle y avait trouvé des boîtes de photos et de vieux papiers qui pourraient m’intéresser.

Son père, Lionel, était le plus jeune enfant d’Élodie et d’Honoré Bergeron, mes grands-parents maternels. Il s’intéressait, lui aussi, au patrimoine et aux souvenirs de famille et avait précieusement conservé ces archives. C’est avec émotion que nous avons trouvé des photos de nos arrière-grands-parents, des certificats de naissance, des testaments, dont un datait de 1904 et d’autres papiers.

Les plus importants de ces objets, pour mon carnet, ce sont 13 documents notariés de toutes les transactions reliées à la vente de la maison que mon grand-père a achetée, au 507 de la rue Saint-Eugène, à La Tuque, et dont j’ai déjà parlé ici. Le premier contrat est du 24 avril 1910 et le dernier, du 2 mars 1922. Huit ont été rédigés par le notaire Gustave Duguay, celui qui avait accompagné Eugène Corbeil lors de son premier voyage en France, en 1914.

Les deux ventes de la propriété de la rue Saint-Eugène.


Le « lopin de terre » et la maison avaient appartenu à une dame Alphonsine Lessard, veuve de Frank Sylvain, un journalier, qui l’avait vendue ensuite à Hildebert Cantin, un « buandier » devenu « commis », au moment où Joseph-Honoré Bergeron, « machiniste » de son métier, l’acquiert. L’acte montre qu’Eugène Corbeil avait prêté à mon grand-père, une partie de la somme nécessaire à l’achat de la propriété.


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Ce Duguay semblait jouir d’une certaine notoriété (sans jeu de mots) parmi les notables latuquois de l’époque. En effet, dans l’une des pages de faits divers sur La Tuque de la livraison d’août 1921 (p.13) du mensuel The Brown Bulletin, le « reporter », William L. Gillman, signale que c’est le notaire qui a prononcé, le 10 juillet, un petit discours à l’occasion de la remise d’une médaille à Amédée Paquin pour services rendus, en mai, lors d’un gros feu de forêt à Windigo, sur les concessions de la Brown Corporation.

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mardi 9 septembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(VII)


La croisière de 1925

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L’ALGÉRIE

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Causerie du 10 mai 1925 (cinquième tranche)


A L G E R

« Alger est la plus belle ville de l’Afrique et nous aurons tout le temps de la visiter. Arrivés en avant-midi, immédiatement après le dîner, nous quittons Alger et nous suivons la côte dans une belle limousine avec guide et chauffeur. Nous faisons, à travers la campagne africaine, une randonnée d’environ 125 milles, traversant de jolis villages, roulant rapidement sur une route magnifique bordée par les plus ravissantes villas.

Partout il y a des fleurs, des plantes rares. »


Alger, un coin du jardin Marengo. Carte non annotée rapportée par Corbeil.

Un jardin à Alger. Carte non annotée rapportée par Corbeil.

« Un panorama enchanteur nous laisse voir, tout près, la Méditerranée aux flots bleus, si ravissante sous les feux d’un soleil d’été.

Nous jouissons de ces paysages délicieux pendant environ 25 milles, puis nous nous dirigeons vers l’intérieur du pays. Nous voyons de beaux établissements agricoles. La culture est très variée. Il y a des champs plantés d’arbres fruitiers, des milliers d’arbres, chargés d’oranges et de citrons. Tout à côté, d’autres champs, où l’on fait la culture maraîchère, choux-fleurs, choux, patates, tous les genres de salades.

C’est l’Algérie qui fournit à l’Europe les primeurs qu’elle savoure. Puis, ce sont d’immenses champs de foin, d’avoine, de blé, où les grands propriétaires font d’abondantes et riches moissons. Les arabes, par bande, travaillent sur ces grandes propriétés et reçoivent un salaire moyen de 0,75 $ environ par jour. On se plaint beaucoup cette année de la sécheresse, car il n’y a pas eu de pluie depuis environ deux mois. »

Alger. La Méditerranée. Carte, non annotée, rapportée par Corbeil.


C H I F F A

« Enfin nous arrivons à Chiffa vers les quatre heures. Chiffa est un profond et étroit ravin creusé entre deux très hautes montagnes couvertes de plusieurs sortes d’arbres. C’est là que vit toute une colonie de singes importés, il y a plusieurs siècles, du fond de l’Afrique.

Tous les touristes vont voir ces curieux types; quand nous sommes arrivés, après quatre heures, les singes avaient regagné l’intérieur du ravin, mais le gardien les a appelés et ils sont revenus en grand nombre afin de recevoir une bonne pitance.

Nous pénétrons à l’intérieur du ravin jusqu’à une petite terrasse taillée dans la montagne et bordée par une balustrade en pierre de taille. Les singes, rassurés par notre attitude et sollicités par les douceurs que nous apportons, s’approchent avec prudence, puis deviennent plus familiers. »

Singes, au site de Chiffa. Ce sont des singes macaques berbères (Macaca sylvanus). L’espèce est en voie d’extinction à cause de la destruction de l’habitat et de la nourriture artificielle donnée par les touristes.

Source : photo ancienne, Internet.

« Il y a un gros singe, plus vieux que les autres, ce qui ne l’empêche pas d’être le plus laid, aussi pour cela, d’être le plus familier, vient s’asseoir sur la balustrade près de moi et me met la patte droite sur l’épaule pendant que sa patte gauche avec beaucoup d’adresse, m’arrache des mains un certain nombre de biscuits secs. C’est une expérience bien amusante.

Mais il se fait tard et, après une demi-heure de ce plaisir, nous remontons en auto pour Blida. »


(À suivre)




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dimanche 7 septembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(VI)


La croisière de 1925

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GIBRALTAR ET LA MÉDITERRANÉE


Cachet du paquebot Providence, au verso d’une carte postale rapportée par Corbeil.

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Causerie du 10 mai 1925 (quatrième tranche)


20 janvier.

« De grand matin, les cymbales résonnent dans les couloirs et nous invitent à monter sur le pont pour saluer Gibraltar et assister au passage du détroit qui nous conduit de l’Atlantique à la Méditerranée. Il est six heures du matin. À l’horizon, une lueur de plus en plus brillante annonce le lever du soleil et, dans cette clarté si douce du matin, nous saluons, à l’entrée du détroit, la terre d’Afrique et Tanger la blanche, comme l’appellent les marins.

C’est qu’elle est bien belle, en effet, la petite ville avec ses maisons blanches abritées par les arbres toujours verts. Nous apercevons les tours de ses mosquées et les clochers de ses minarets qui lui donnent un caractère tout particulier d’élégance paisible et heureuse.

Puis, à notre gauche, sur la terre d’Espagne est la petite ville coquette et fameuse d’Algésiras, où la France fut malheureuse dans le règlement avec l’Angleterre des affaires d’Afrique.

Enfin, à l’entrée de la Méditerranée, nous nous arrêtons devant Gibraltar pour débarquer les malles américaines. Gibraltar, la citadelle fameuse qui faisait les Anglais maîtres de la Méditerranée. Ils ont dépensé des millions pour fortifier ce rocher et le rendre inextricable, et cependant la science a rendu inutile tous ces efforts; aujourd’hui un seul avion avec [ses] obus peut faire sauter toute cette masse de pierre. Les valeurs ont changé et Gibraltar n’est plus que le joli travail d’un temps qui n’est plus. Tout le long du détroit, nous voyons de jolis villages avec des maisons toutes blanches entourées de verdure. Autour du bateau, se jouant dans les vagues, une multitude de poissons prennent leurs ébats sous nos regards charmés. Puis nous voilà en plein mer pour Alger, la métropole de la grande colonie française d’Afrique. »


(À suivre)


Vue du port d’Alger, carte postale rapportée par Corbeil.

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mardi 2 septembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(V)

La croisière de 1925


Deuxième escale : Madère

De la Cadillac au char à bœufs


Dans ce passage, Corbeil parle de Madère, alors que c’est un peu au large de Funchal, principal port et chef-lieu de l’archipel de Madère, qu’il est en fait descendu du Providence, accompagné des frères Pagé.

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Causerie du 10 mai 1925 (troisième tranche)


M AD È R E

Madère, 19 janvier.

« C’est la perle de l’Atlantique. Nous y arrivons de grand matin. La mer est très agitée et le navire est soulevé par de grandes vagues ayant de 15 à 20 pieds de hauteur. Le commandant hésite à nous laisser débarquer et pendant qu’il discute de la situation avec ses officiers et ses matelots, nous nous amusons à jeter des sous aux enfants venus du rivage dans des petites barques et qui plongent tout autour du bateau pour recueillir les sous que nous leur jetons. Quels nageurs merveilleux et quels plongeons! Ce ne sont pourtant que des enfants de 10 à 15 ans et ils sont comme des poissons jouant dans les grandes vagues.

Enfin le commandant, bien à contrecœur, consent à nous laisser descendre, car les chers matelots français répondent du succès. Nous nous confions à eux et nous ne sommes pas déçus, car ils sont merveilleux d’adresse et d’endurance. Ils nous glissent dans de grandes barques au moment où la vague les soulève et les amène à la hauteur de l’escalier du navire. »Descente de passagers dans une chaloupe à partir de la passerelle du Providence.

Photo aimablement fournie par Alice Lamothe-Lilley.


« Le débarquement sur les quais est aussi bien mouvementé, mais nous sommes enfin à Madère, heureux et contents des émotions que nous venons de connaître.


Madère est une ville curieuse qui, malgré les touristes nombreux, garde ses traditions. Malheureusement, la venue en masse de riches étrangers a amené dans cette île merveilleuse une nouvelle et répugnante industrie, «la mendicité». Des hommes vigoureux et pleins de santé tendent la main sans honte et que dire des femmes et des enfants; une large partie de la population vit de la charité et sollicite sans vergogne les étrangers; les refus ne les découragent pas; ils s’attachent à nos pas et nous harassent de leurs plaintes, jusqu’à ce que, fatigués, on leur jette quelques sous pour s’en débarrasser. Ils sont sans fierté et nos indignations ne les touchent pas. Ils mettent tout leur esprit à vous arracher une aumône. À part l’ennui d’être sollicités par des milliers de quêteux, c’est un délice de séjourner à Madère. »

Une rue de Funchal en 1925.

Photo gracieusement fournie par Alice Lamothe-Lilley.


« C’est l’été continuel, sans grande chaleur et sans froid. Ce 19 janvier, la terre est parsemée de fleurs et nous cueillons les fleurs les plus variées; tout est pour réjouir dans ce paradis terrestre : la beauté des sites, la magnificence des hôtels, des villas et de l’originalité de la population, qui porte un costume spécial et parle une langue très harmonieuse. À côté d’automobiles somptueuses, il y a la voiture nationale, le « sleigh » avec son baldaquin aux tentures très élégantes, tirées par des vaches ou des ânes. Tous les étrangers se paient pour quelques sous le plaisir de voyager dans ces équipages antiques. »


Traineau à bœufs traditionnel à Funchal.

Photo : Internet.


« Madère est sise au pied d’une haute montagne. Grâce au funiculaire, nous montons à 3 300 pieds; il y a là un grand hôtel très luxueux avec des terrasses splendides; nous y prenons le dîner et nous jouissons d’une des vues les plus merveilleuses. À nos pieds, Madère, avec ses jardins, ses parcs, ses palais merveilleux et son joli petit port où la foule […] circule, nous apparaît comme une multitude de fourmis en activité!


Puis, la mer, l’infini de l’horizon. C’est un panorama vraiment enchanteur. Après un copieux et succulent dîner servi sur la terrasse et pris en joyeuse compagnie, nous redescendons à la ville, mais cette fois, c’est dans des paniers fixés sur des traîneaux et que dirigent, au moyen de câbles et en courant, tantôt en avant, tantôt en arrière, des guides très agiles et expérimentés. C’est une glissade de 5 milles sur une piste faite de petits cailloux ronds, de la grosseur des œufs, sur une terre rouge qui est comme du mastic. »


Les fameux paniers utilisés pour ramener les touristes du sommet de la montagne. Dans les années 1960, mes parents auront l’occasion de revivre l’expérience de Corbeil en montant à bord de l’un de ces paniers. Ma mère ignorait à ce moment-là que le curé, qui avait officié à son mariage et baptisé l'aînée de ses filles, avait éprouvé cette même sensation, 40 ans plus tôt. Ma sœur Monique m’a assuré que mon père en avait rapporté

des diapositives et qu’il avait eu une peur bleue lors de cette descente. Photo : Internet.


« À mi-côte, les guides arrêtent devant un cabaret pour se faire payer un verre de vin qui doit être très bon si on en juge par le prix! Mon ami Henri Pagé pourra vous dire ce qu’il a payé. Cette voiture, particulière au pays, est très amusante, mais aussi très fatigante et, quand la course finit, nous débarquons, je constate que je suis tout moulu. Les pourboires distribués, nous nous rendons prendre le thé au grand hôtel Reidi, somptueusement bâti au milieu d’un parc, sur le bord de la mer. De là, nous allons dans les magasins où mes compagnons achètent de belles broderies. Madère, on le sait, renommée pour ses broderies et ses dentelles qui, au témoignage des dames, sont des merveilles.

Scène de rue à Funchal. Photo prise lors de l’escale de Corbeil,

aimablement fournie par Alice Lamothe-Lilley.


« Enfin, l’heure du retour au bateau est venue et Henri Pagé et moi, nous retournons tranquillement au quai, traînés dans un traîneau luxueux par deux gros bœufs.


Le retour au bateau, le soir est encore très mouvementé. »

[À suivre]

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NOTE Hervé Tremblay, l’érudit historien de la Haute-Mauricie, me signale que le commerce d’Arthur Daneault était situé à l’angle nord-ouest des rues Saint-Joseph et Joffre et non dans l’édifice voisin de la maison de mes grands-parents Bergeron, rue Saint-Eugène. Cet édifice, en face de l’école Centrale, avait déjà eu comme locataire Jacques Fortin qui y opérait un dépanneur. Si je me rappelle bien, celui-ci avait été un temps le distributeur des bières O’Keefe dans la région, concurrent d’un autre Tremblay, Réjean, qui, lui, vendait de la Dow.


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samedi 23 août 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(IV)

La croisière de 1925

Première escale : les Açores

Après six jours passés sur l’Atlantique, Eugène Corbeil et les frères Pagé descendirent du Providence dans l’île de Saint-Michel, dans l’archipel des Açores.

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Causerie du 10 mai 1925 (deuxième tranche)

« On les appelle ‘Açores’, mot portugais qui veut dire faucon. Les oiseaux de proie abondent dans ces pays tourmentés dont les montagnes, très hautes, sont des arêtes de rochers formés par d’anciens volcans. Le Pic de Pico a 7 000’ de haut; sa crête est couverte de glace et de neige. Il a l’aspect d’une haute pyramide toute blanche. Le soleil se montre pour la première fois en cette fin du jour pour dorer ce sommet majestueux et pour nous faire jouir d’un des spectacles les plus grandioses que l’on puisse voir.

Mais la nuit vient rapidement et on nous annonce que le lendemain, au lever du soleil, nous serons en rade de la principale ville des Açores, la ville de Ponta Delgada. De bonne heure, nous sommes sur le pont. Le navire est à l’ancre dans une baie autour de laquelle s'échelonne la jolie ville. Tout autour du bateau, il y a des barques chargées de toutes sortes de bagatelles que viennent nous offrir les naturels du pays. Nous voyons aussi une multitude de beaux poissons qui viennent à fleur d’eau se régaler des déchets que leur a jetés le cuisinier du navire.

Puis, nous connaissons les ennuis d’un débarquement en pays étranger. Il faut faire venir les passeports, remplir des formules, etc. Enfin, toutes ces formalités étant remplies, nous pouvons descendre dans des barques qui nous conduiront à terre. Notre excursion différera de la majorité du groupe. Moyennant une légère rétribution, nous ferons une belle randonnée à l’intérieur du pays. (C’est mon ami Henri Pagé qui a tout organisé pour cette excursion, comme d’ailleurs il organisera toutes les autres courses spéciales que nous ferons. Croyez-moi, il organise magnifiquement, comme on dit dans notre cher pays : « C’est sa ligne. » Nous le suivons donc en toute confiance et nous n’avons qu’à nous féliciter. »

FURNAS

« Nous partons donc en automobile, magnifique auto Cadillac, une limousine et un bon guide, nous allons à 50 kilomètres à l’intérieur du pays; tout d’abord, il faut vous dire que les Açores sont une terre volcanique; les volcans ont fait surgir au milieu de la mer, des îles. La terre est très fertile mais les montagnes se sentent de la colère des éléments. »

Corbeil et ses deux compagnons de voyage latuquois,
Henri et Philias Pagé,
dans l'île de Saint-Michel .
Photo aimablement prêtée par
Alice Lamothe Lilley.

« Il y a de ravissantes vallées où pousse la plus belle de toutes les végétations, la végétation équatoriale. Là, ils ne connaissent pas l’hiver, ils ont du beau soleil et jouissent perpétuellement des fleurs. Nous avons devant nous l’immense Atlantique et, tout au pied de la montagne, des champs de verdure où l’on cultive d’une manière particulière les ananas. Il y a de grandes fougères, des palmiers et, tout en admirant ce merveilleux décor, nous filons toujours, montant dans un petit village qui se nomme Fournas. Pour y arriver, nous côtoyons la mer, des lacs, des résidences d’été qui sont très riches et très belles, et, tout le long de la route, nous voyons des fleurs de toutes sortes; nous arrivons enfin à la bourgade de Furnas. C’est un petit village de 2 500 habitants, la population est paisible, laborieuse; elle vit de peu et fait songer aux anciens peuples. On peut remarquer spécialement à cet endroit une source d’eau chaude; chaque soir à cette altitude, en bouillant il s’échappe une vapeur qui couvre les montagnes environnantes et, à quelques pas, c’est-à-dire, à 5 ou 6 pieds, il y a une source d’eau glacée.

Le pays des Açores est peuplé par les Portugais. C’est pourquoi beaucoup connaissent ce qui se passe dans les pays européens. Ils ont un costume particulier, fait de toile du pays; les dames ne connaissent pas les modes : elles ont de grands manteaux à capuchon. Ce sont là leur toilette. C’est un peuple très intelligent, très hospitalier et très empressé à nous rendre service. Nous avons beaucoup de plaisir à les voir autour de nous, vaquant à leurs affaires et surveillant pour voir s’ils ne pourraient pas nous rendre quelques services.

Ils ont pour curé, un enfant de la paroisse, là depuis 20 ans. Ce dernier fut instruit par un seigneur portugais, le comte de Montfort. C’était un homme sage, évidemment, qui possédait une immense fortune et qu’il employa pour la construction d’un parc, lequel mesure environ 20 milles de diamètre. Nous y trouvons des plantes de toutes sortes; des allées majestueuses y furent bâties et ce parc a pour panorama une gorge de montagne. Dans un autre endroit se trouve une grande allée de fougères qui mesure de 20 à 30 pieds. Ces fougères tombent sur la tête en parasol. On arrive ensuite sur une terrasse par une ouverture très étroite et, à 30 ou 40 milles de là, se trouve une gorge. C’est ainsi que tout [au long de] notre parcours, nous cueillons des roses, des lys et des violettes et un nombre incalculable de fleurs multicolores. »

Route vers Povoação, une commune de l'île de Saint-Michel, dans l'archipel des Açores. Carte postale, non annotée, rapportée par Corbeil.

« Le propriétaire est parti après avoir construit ce parc merveilleux. C’est encore de là que sortent des sources mystérieuses qu’il a canalisées pour les mettre dans ses états, ce qui donne l’idée que c’est peut-être un coin de paradis. Ce seigneur a consacré 40 ans de sa vie à construire un jardin, un parc; il y employa toute sa fortune et, quand il mourut, l’enfant qu’il avait élevé et qui est maintenant curé de la paroisse, hérita de ses biens; c’est dans ses bras qu’il est mort. Ce prêtre possède encore sa cure, mais le comte n’y est plus et ses héritiers n’ont pas les moyens d’entretenir la propriété. C’est véritablement une merveille; en tout cas, nous avons beaucoup joui de ce voyage et ce qui est très impressionnante, c’est de dire : « Un homme a consacré 40 ans de sa vie et sa fortune à faire de la beauté. » Nous revenons donc de cette délicieuse promenade par la même route admirable.

Nous revenons pour pouvoir visiter la ville de Ponte Delgaden; là se trouvent le siège du gouvernement, l’évêché. Il y a de belles églises; les parcs sont de toute beauté, et, vous me direz, c’est bien facile de les faire ainsi avec une terre pareille, nous n’avons qu’à les émonder un peu pour avoir un magnifique jardin! Après avoir admiré ces merveilles, nous continuons notre croisière. »

Entrée du parc visité par Corbeil à Furnas, dans l’île de Saint-Michel,
aux Açores. Carte postale, sans annotation, rapportée par lui.

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Toute première carte adressée d'outre-mer par Corbeil à ma tante Éliane, sa secrétaire. Postée des Açores, peu de temps après que le curé fut descendu dans l’île de Saint-Michel, elle porte le cachet postal de l’archipel et celui du Providence. Dommage que ma passion philatélique de l’époque, j’étais une enfant pressée d’augmenter sa collection de timbres, m’ait conduite à commettre cette mutilation irréparable… On y distingue tout de même ce qui reste d’un des timbres du Portugal. À noter le tutoiement et l’usage du français (en imprimé, à l’égal du portugais), langue qui avait plus d’envergure à l’époque.

***

Mlle Éliane Bergeron
La Tuque
P. Q.
Co. Champlain
Canada

--

[XX] jan. 1925.
Bonne traversée malgré temps mauvais et grosse mer. Ai la nostalgie de ma paroisse. Envoie-moi à Paris l'adresse de tes correspondantes. J'irai peut-être les voir.
Eug. Corbeil [ptre ?]



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vendredi 22 août 2008



LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(III)

La croisière de 1925 (première partie)


Buste d’Eugène Corbeil, hommage de ses paroissiens et de ses paroissiennes, installé en face du presbytère de la rue Saint-Joseph, à La Tuque, en Haute-Mauricie.
Photo : Micheline Roy, 2008.

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Latuquois et Latuquoises de l’époque ont pu en connaître davantage sur le second voyage d’Eugène Corbeil à l’étranger car, le 10 mai, il fit l’objet d’une conférence prononcée par leur pasteur.

Parti de New-York le 18 janvier 1925, à bord du Providence, le curé aperçoit les Açores six joiurs plus tard. Son itinéraire va s’étendre de Madère à la Palestine, incluant des escales du pourtour de la Méditerranée. Il décrit dans sa causerie les paysages accidentés de Madère et sa végétation luxuriante, la majesté du Roc de Gibraltar, le mistral soufflant à Marseille, l’aridité des terres d’Algérie, la magnificence des églises et des monuments d’Italie., les lieux chargés d’émotion des terres de Palestine, les charmes du Moyen-Orient, les ruines de la Grèce, le doux climat et les fleurs de la Côte d’Azur. Il poussera une pointe jusqu’à Paris et visitera des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, entre autres Verdun. Le retour en Amérique s’effectua le 8 avril.

Au cours de « ce grand voyage à travers les vieux pays », Corbeil était accompagné de deux amis de La Tuque, les frères Henri et Philias Pagé.

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Madame Diane Trottier a eu l’amabilité de me photocopier la transcription de la causerie, dactylographiés sur 15 feuillets de format juridique. Elle a utilisé l’exemplaire conservé dans les archives de la Société historique de La Tuque et du Haut-Saint-Maurice. Le texte a été révisé pour sa publication ici : établissement des toponymes, ponctuation, correction de certaines coquilles et fautes d’accord. Je présente la causerie dans son intégrité, par unités de narration.

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CAUSERIE - CONCERT

par

M. LE CURÉ EUGÈNE CORBEIL SUR SON VOYAGE EN EUROPE…

10 mai 1925

À bord du Providence

« Je ne vous cacherai pas l'embarras où je me trouve devant l'obligation que j'ai assumée de vous faire une causerie sur les choses que j'ai vues et les impressions que j'ai recueillies dans ce grand voyage à travers les vieux pays. Ce n'est pas que le sujet soit très limité, il est au contraire très vaste et, j'en suis sûr, très intéressant, mais je me sens bien inférieur à la tâche et c'est pourquoi je réclame de votre sympathie, si souvent manifestée, la plus grande indulgence.

Je vais donc essayer de refaire, avec vous et pour vous, ce charmant voyage et, grâce à cette belle et utile faculté que le bon Dieu nous a donnée, notre imagination. »

« Nous embarquons sur le joli paquebot si bien nommé "La [sic] Providence" de la compagnie Fabre, ligne française, dont le bureau principal est à Marseille. Et d'abord, avant de monter à bord, saluons avec respect et fierté le drapeau français qui se balance à l'arrière du bateau. Regardons avec satisfaction ces charmants matelots français, si agiles, si complaisants, si polis et si courtois, avec une émotion profonde dans ce grand centre saxon qu'est la grande ville de New-York, résonner comme une fanfare le beau verbe français. On nous a dit souvent que la langue française est de toutes les langues, la plus claire, la plus parfaite, la plus belle, la plus harmonieuse, la plus polie, mais pour sentir combien c'est vrai, il faut l'entendre sur les quais de la rivière Hudson, dans la grande métropole américaine.

Et maintenant, mesdames et messieurs, tous à bord et faisons l'inspection du bateau sur lequel nous allons vivre pendant 35 jours. C'est un beau bateau de 16000 tonnes, pouvant recevoir environ 1000 passagers, dont 250 [en] première classe. Trois étages ou trois ponts, pour parler en marin, sont réservés aux passagers de première classe. Les cabines sont toutes très confortables, avec une gradation dans le confort, qui va de la suite d'appartements à la cabine de luxe et à la cabine simplement confortable. Il y a deux salons intérieurs, richement meublés; un salon pour prendre, à l'abri du vent, des bains de soleil, puis, tout à fait à l'arrière du bateau, un grand fumoir où un radio nous tient en communication avec tous les grands artistes du monde. Une grande salle à dîner pouvant accommoder 200 personnes se trouve au troisième pont et, pour y arriver, nous descendons par un large escalier d'honneur. C'est là que nous exerçons notre gourmandise. »

Le PROVIDENCE, paquebot de la Compagnie Fabre.
Lancé le 3 août 1914, le « vapeur à passagers » ne fut
mis en service qu’en 1920.

« Maintenant que nous connaissons les lieux, faisons connaissance avec les passagers qui seront bientôt de bons et charmants compagnons de voyage ou, pour mieux dire, des amis. Le groupe qui fait la croisière est composé de charmantes gens; il y a des industriels, des commerçants qui font le voyage pour se reposer de plusieurs années de durs labeurs, il y a des banquiers, des médecins, qui eux aussi, cherchent le repos, en fuyant les occupations épuisantes, puis il y a des millionnaires qui se rendent à leur villa d'hiver à Madère, à Palerme, au Caire ou à Messine, pour y passer la saison qui commence. Tous voyagent en famille. C'est donc un milieu très intéressant et très sympathique.

Mes deux compagnons et moi sommes les seuls Canadiens français du groupe. Pendant les premiers jours, la mer est très agitée, le temps est gris et froid, il y a du tangage et du roulis. On a attaché au plancher toutes les chaises et les tables. Un grand nombre de personnes sont malades. Philéas Pagé est du nombre des souffrants et, pendant quatre jours, il vit dans la solitude de sa chambre, suivant de lui-même le développement du mal de mer. Henri Pagé et moi réagissons convenablement. »

Henri Pagé. Le compagnon de voyage de Corbeil était à l’emploi
de la Brown Corporation, une filiale canadienne de la Brown Company, établie alors à Berlin, au New Hampshire. Dans ses mémoires, Max Comtois le présente comme le « gérant local » - en fait le surintendant - de la compagnie à Windigo, un important dépôt établi sur la Saint-Maurice (http://drcomtois.situs.qc.ca/parent.html).
Homme jovial, cordial, il entretenait des rapports cordiaux avec Corbeil. Sa nièce, madame Alice Lamothe Lilley, m’a prêté quelques photos prises par Pagé lors de cette croisière, dont celle-ci, sans doute prise à Windigo.

« Nous en profitons pour faire connaissance plus complètement avec quelques-uns de nos compagnons de voyage et pour causer avec eux. Permettez-moi de vous faire part de ces conversations, c'est je crois, le meilleur moyen de vous faire connaître ceux qui m'ont le plus intéressé.

Je reçois les confidences d'un riche Américain, plusieurs fois millionnaire, qui me raconte ses inquiétudes de conscience; nous parlons religion et sacrement et il me demande de lui expliquer la doctrine catholique sur le dogme du purgatoire. Il s'appelle H. Laughlin, c'est un vieil Irlandais protestant qui a au fond de son coeur la nostalgie de l'Église catholique, vers laquelle il se sent puissamment attiré et à laquelle appartenaient sans doute ses ancêtres.

Il me confie qu'il a adopté 17 orphelins de la guerre, qui sont instruits par des religieuses en France. Il fait beaucoup d'aumônes aux institutions catholiques. C'est un excellent homme, mais bien malade. Je suis bien touché de ses attentions envers moi. Je fais aussi connaissance du Dr Cayrolle, le docteur du bord, c'est un type méridional, intéressant, sympathique et bon joueur de bridge. Il a fait la guerre entière comme chirurgien, il y a perdu ses deux frères officiers, d'autres parents et plusieurs amis intimes. Il ne faut pas lui parler des Allemands !

Un courtier de New-York, M. Hocktader, m'appelle un jour pour juger un débat entre un ingénieur de la Californie et quelques Américains de Philadelphie qui discutent de l'opportunité de cultiver plus spécialement l'imagination de l'enfant. Les gens de Philadelphie prétendent que l'imagination constitue une infériorité funeste qu'il faut annihiler en développant une faculté parallèle qui est l'initiative. Mon Américain de la Californie a tôt fait de démolir ce raisonnement et montre que l'imagination est la faculté essentielle qui fait les grands hommes; qu'il faut, il est vrai, la diriger, mais en la développant et en lui donnant pour compagne inséparable, une intelligence cultivée. J'abonde en ce sens et je le félicite de sa brillante argumentation. Puis, nous causons un peu plus intimement. Il me dit son admiration pour l'Église catholique, spécialement pour la doctrine de l'infaillibilité si nécessaire au monde. Il parle avec enthousiasme des sept sacrements qui répondent si admirablement à tous les appels de l'âme inquiète et malade qui veut être rassurée, consolée et guérie. Ce monsieur parle en catholique instruit et fervent, mais il me confesse qu'il n'est pas encore catholique. Je lui demande s'il est protestant et à quelle secte il appartient, il sourit mais ne réponds pas et s'éloigne en exprimant le désir de causer encore.

J’ai aussi l’occasion de causer longuement avec un médecin juif, jeune encore, et qui est un des chirurgiens du grand hôpital juif de New-York. C’est un homme charmant, très sympathique, qui devient pour nous un véritable ami. Il voyage avec sa vieille mère, qu’il entoure d’affection et d’attentions. Il est le plus jeune des chirurgiens de l’hôpital et ne peut prendre ses vacances à une autre époque que celle-ci, vu la priorité pour le choix des médecins plus âgés. Il en profite pour faire un voyage d’études sur la question très épineuse du rétablissement du royaume juif à Jérusalem. Il me confie qu’il fait ce voyage à la demande de plusieurs Juifs de New-York, qui veulent savoir comment les choses se passent. Personnellement il est contre ce mouvement et ne croit pas à son succès. En tout cas, il ne le désire pas. Il le qualifie de stupide et dangereux. Il me dit que la jeune génération juive américaine n’a plus la foi d’autrefois. Elle se fait plutôt une religion mitigée et surtout elle désire s’assimiler au pays où elle est née et où elle a grandi en jouissant de la meilleure des libertés. C’est un homme très intelligent et très intéressant.

Un autre type bien représentatif de sa race, et surtout bien attachant, est le Dr Curin, spécialiste pour les yeux, attaché lui aussi à un grand hôpital de New-York. C’est le type irlandais, à l’imagination vive, au cœur sur la main, boute-en-train merveilleux et trouvant toujours les mots qui font image pour peindre un caractère curieux, par exemple, s’informant auprès d’Henri Pagé de la santé de son voisin de table, un excellent commerçant de pommes de la Californie. M. Simpson, un grand naïf qui voyageait avec sa femme pour la première fois après fortune faite. Il l’appelait tout bonnement « Apple Sauce ». Le mot fit fortune parce qu’il peignait parfaitement le nouveau riche. Le Dr Curin fut, tout le long de notre voyage, notre inséparable compagnon. Sa jeune dame, une Anglaise convertie, élevée à Paris, est aussi charmante que distinguée et instruite.

J’ai aussi causé quelques fois avec un ministre protestant, le Rév. M. Gould. Il est le chef d’une nouvelle église fondée par un Suédois et qui compte encore peu de fidèles. Il rédige un magazine religieux qui propose cette nouvelle religion aux Américains et qui s’appelle « The New Church Magazine ». Il enseigne qu’il n’y a qu’un seul Dieu et une seule personne divine. Il admet deux sacrements, le baptême et l’eucharistie, qui n’est d’ailleurs qu’un symbole. À part son ministère, qui paraît être surtout pour lui une question de piastres et de vie facile, c’est un homme charmant. Il est né à Montréal, et il a fait ses études [à] McGill, puis a accepté la mission d’introduire aux États-Unis cette nouvelle religion. Il a comme assistant son beau-frère. Il allait à Jérusalem pour étudier sur les lieux certains points d’histoire religieux, et cela, à la demande de ses ouailles.

Il y a sans doute beaucoup d’autres types bien intéressants et dont la compagnie nous a été agréable, mais il est trop long d’esquisser ici leur silhouette. D’ailleurs, [le] Providence a filé depuis que nous sommes embarqués, la température se fait plus douce et plus calme. Les malades quittent leurs cabines et envahissent le pont. L’organisateur de la croisière en profite pour organiser un « bridge » où je conquiers le titre de « champion » Puis on organise d’autres concours sur le pont, courses, jeux particuliers aux marins. Le temps passe très vite et c’est ainsi que vers la fin de l’après-midi, le 16 janvier, après 6 jours de navigation, nous apercevons la première des iles Açores, que domine le fameux Pic de Pico. »

[À suivre]


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