dimanche 2 novembre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XV)

La croisière de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (Treizième tranche)

LE MOYEN-ORIENT

J É R U S A L E M

« Nous continuons notre route et nous arrivons ainsi à Jérusalem. C’est la ville aux grands souvenirs, la ville fameuse. Le pèlerin qui arrive là est nécessairement un peu déçu, car Jérusalem n’est pas la même aujourd’hui qu’autrefois. C’est la capitale de la Palestine. Nous visitons le Champ des Oliviers, c’est-à-dire le jardin qu’on dit avoir existé du temps de Notre Seigneur. Cette ville nous rappelle l’Ascension de N. S. et on nous fait remarquer la pierre où il a laissé sa trace avant de s’envoler aux cieux. Nous remarquons également l’église de Saint- Joseph; là, nous pouvons voir un panneau renfermant le Pater, écrit en toutes les langues de la terre. »

Jérusalem. Le mont des Oliviers. Carte rapportée par Corbeil.

« Nous visitons la voie douloureuse; c’est tout autre chose. Rien n’est changé de ce qui devait exister du temps de N. S. Sans doute la ville fut détruite, les maisons, refaites, mais il n’y a rien de religieux. Tout le monde s’occupe de commerce, ce n’est qu’une question d’argent. Nous revoyons ces choses là, partout dans les églises, dans les temples, dans les lieux où on va retrouver ces grands souvenirs. Il n’y a pas de prières, il n’y a que du commerce. »

Le chemin de croix : cinquième station. Carte rapportée par Corbeil.

« La population est composée d’Arabes, de musulmans, de Turcs, de Juifs et d’Arméniens. On vit de l’histoire passée et, avec les gloires passées, on fait du commerce. Il en est ainsi de Jérusalem. Le Sépulcre et le Calvaire sont au milieu de la ville. Ses rochers sont couverts avec du marbre, de l’or ou encore des pierres précieuses. Nous pouvons voir que le rocher est identique, car nous constatons les étroits trous qui ont servi aux trois croix. On montre le Saint Sépulcre, personne ne prie et on ne sent pas le besoin de prier. D’ailleurs, il serait impossible de se mettre à genoux, vu l’affluence de la foule, c’est lamentable. Cependant, c’est tout de même consolant, car c’est une des plus belles preuves de la divinité du Christ : " Quand je serai disparu, on se battra pour posséder mon tombeau. " Nous visitons le palais de Pilate et c’est avec émotion que nous repassons l’histoire de la flagellation, le couronnement d’épines. »

(À suivre)

L'intérieur du Saint-Sépulcre. Carte rapportée par Corbeil.

Pause sur une route de la Palestine. Corbeil, en compagnie de Joseph-Henri et Philias Pagé. Photo gracieusement fournie par Alice Lamothe Lilley.

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J’aurais pu inscrire LES VENDEURS DU TEMPLE en guise de sous-titre à cette page, tant mes leçons catéchisme, d'évangile et d’histoire sainte sont encore bien présentes, incrustées dans ma mémoire! Treize ans d'instruction et d'éducation chez les religieuses laissent des traces. Je dois tout de même avouer que les dames de la Congrégation de Notre-Dame étaient moins moralisatrices que d'autres…

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Rien n'a changé dans les lieux de pèlerinage. Pensons à Sainte-Anne-de-Beaupré, où la rue menant à la basilique est occupée par des boutiques bourrées de « bondieuseries » et objets du même acabit.

Il faut voir, à Cap-de-la-Madeleine, le déplacement répété de pèlerins et de pèlerines se ruant vers le magasin. En voulez-vous des chapelets ? Des médailles ? Des crucifix ? Des images saintes ? Mais on y trouve aussi de ravissantes crèches, des statuettes de porcelaine, des CD de belles musiques classiques et grégoriennes.

J'ai beaucoup de difficultés à croire à ces endroits où, par exemple, on voit la supposée trace des trous des trois croix au Calvaire, la pierre portant l'empreinte des pieds de Jésus avant son ascension. Pensez-donc, il y a plus de 2000 ans de cela !

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samedi 25 octobre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XIV)

La croisière de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (Douzième tranche)

LE MOYEN-ORIENT

B E Y R O U T H et la P A L E S T I N E

« Beyrouth est la capitale de la Syrie. C’est une belle ville située sur la Méditerranée et qui joue un grand rôle dans les pays orientaux. La Palestine traverse la Syrie, pays très étroit, séparé par une demi-lisière de montagnes très hautes, et parcouru par le Jourdain. Nous suivons la côte, et le terrain qu’il y a entre la montagne et la Méditerranée est plus ou moins large, quelques fois, il y a d’un à deux milles. Le chemin est très beau, les routes sont modernes et nous passons au milieu de jardins où l’on cultive les légumes et les primeurs de toutes sortes. »

Bêtes et automobiles sur le rivage de la Méditerranée.

Photo probablement prise par l’un des frères Pagé.

Archives d’Alice Lamothe-Lilley.

« Les champs sont plantés d’arbres fruitiers, les oranges y abondent. Sur les flancs de la montagne du Liban, nous voyons des bergers avec leurs troupeaux de chèvres, de moutons ou encore de vaches. Nous côtoyons ensuite Tyr, Sidon et Caïpha, villes de la Phénicie, remarquables par leurs richesses. Nous passons au pied du Carmel et entrons dans les plaines de la Galilée. »

Vue de Nazareth. Carte rapportée par Corbeil.

« Cinquante à soixante mille juifs sont établis sur ces terres de la Galilée. Nous traversons les plaines et arrêtons à Nazareth. Là, nous voyons l’église de l’Annonciation, qui nous rappelle la visite de l’ange Gabriel à Marie, puis l’endroit où se trouvait l’atelier de saint Joseph. La ville de Nazareth est sise sur une autre montagne. Nous visitons le beau lac de Tibériade; c’est spécialement le lieu où les touristes établissent leurs résidences d’été. Nous admirons le confortable des hôtels qu’il y a là. C’est là que N.-S. apaisa la tempête, qu’il marcha sur les eaux. C’est là encore qu’il fit la plus grande partie de ses prédications. Nous admirons de plus Capharnaüm, ville située près du lac de Génésareth, le bourg d’Emmaüs, l’endroit où Notre-Seigneur fit le sermon des béatitudes. »

Quelque part en Palestine. Photo probablement prise par l’un des frères Pagé.

Archives d’Alice Lamothe-Lilley.

« Nous nous rendons à Cana; les pasteurs font paître les troupeaux dans le flanc de la montagne. Cette montagne ressemble à la pierre ponce; elles absorbent l’eau et quand vient la sécheresse, elles rendent cette eau en humidité à la plante. La végétation est très abondante pour nourrir les troupeaux. »

(À suivre)

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vendredi 24 octobre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XIII)

La croisière de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (onzième tranche)

LA TURQUIE

C O N S T A N T I N O P L E

« D’Athènes, nous nous dirigeons sur Constantinople. Nous y arrivons à la tombée du jour. Il pleut et le brouillard nous empêche de jouir du spectacle grandiose de la Corne d’Or. Cependant, il nous est facile d’imaginer la beauté du port et de la ville quand le soleil les enveloppe de sa lumière.

Constantinople fut pendant des siècles les champs de bataille où venaient se mesurer les puissances asiatiques contre les puissances occidentales. Puis, un jour, Constantin en fit la capitale de tout l’empire romain. Pendant 900 ans, elle fut pour ainsi dire le centre de l’histoire du monde. Tous les trésors de l’art et de la science affluèrent dans ses murs et ses empereurs, pour l’enrichir, dépouillèrent la Grèce, la Syrie, l’Égypte et leurs trésors. Puis, en 1452, elle fut conquise par Mahomet le conquérant, et demeura jusqu’à nos jours sous la domination turque, malgré les convoitises de la Russie ou des autres peuples slaves.

Tous ces souvenirs historiques me reviennent à la mémoire quand nous descendons sur les quais pour visiter la grande ville de l’Orient avec son million et demi de population. Malheureusement, la pluie froide continue à tomber et la visite de ces gigantesques beautés n’a plus le même attrait. Tout de même, malgré la pluie, nous goûtons beaucoup cette merveilleuse visite. »

Carte rapportée par Corbeil.

« Je ne puis décrire tout ce que j’ai vu. Bornons-nous donc aux principaux monuments. D’abord, la mosquée de Sainte-Sophie, le plus beau monument du monde entier peut-être, après Saint-Pierre de Rome. C’est aussi la plus grande église après Saint-Pierre. Les Turcs ont fait disparaître tout ce qui rappelait le culte catholique, mais les visiteurs au courant des usages chrétiens les devinent facilement.

La construction de Sainte-Sophie dura 16 ans et nécessita le travail de 10 000 ouvriers. Quand elle fut finie, dit l’histoire, l’empereur, en franchissant le seuil pour l’inauguration, s’écria : ‘ Gloire à Dieu, qui m’a jugé digne d’accomplir cette œuvre grandiose; je t’ai vaincu, Salomon.’

Quelques siècles plus tard, Mahomet, le conquérant, y pénétrait sur son cheval de guerre et s’écriait : ‘ Il n’y a de dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. ’ Et depuis 475, Sainte-Sophie est une mosquée musulmane. Dieu n’a pas voulu de cette merveille et ne paraît en vouloir. Est-ce parce qu’elle est faite avec les richesses volées aux peuples faibles ? Mystère ! »

La date du cachet de la poste, appliqué à La Tuque le 17 février 1925, est sans doute celle de la réception de la carte.

« Les colonnes qui soutiennent sa voûte et son dôme sont en porphyre; celles de la porte d’entrée, en brèche verte; c’est là qu’est la pierre qui pleure. C’est une pierre humide et, quand on la touche, elle devient aussitôt humide. Un large trou est creusé dans la pierre à force d’y entrer le doigt ! Tous les murs sont en marbre et, à un endroit du mur, on y voit une main tendue. On prétend que Mahomet, en entrant dans l’église sur son cheval de guerre, y a appuyé sa main et que l’empreinte en est restée. Les figures des anges et des archanges que les chrétiens avaient sculptées dans la voûte sont recouvertes avec des feuilles de laurier en or.

Nous avons donc visité le beau monument en nous conformant aux lois musulmanes. Nous avons mis par-dessus nos chaussures de grandes chaussettes et nous avons fait, dans un silence relatif, le tour de la grande mosquée pendant que les pieux musulmans, prosternés sur les tapis qui couvrent le plancher, faisaient leurs prières et récitaient le Coran.

Il y a à Constantinople plusieurs autres mosquées de grande beauté et de grande valeur; par exemple, la mosquée de Soliman, dont tout l’intérieur est en vieille faïence bleue. Nous visitons aussi la Citerne Théodosia (Théodose) qui servait à alimenter les quartiers impériaux durant les sièges qu’ils durent subir. C’est un immense souterrain dont la voûte est soutenue par 336 colonnes. C’est très beau et très curieux à visiter.

Nous visitons beaucoup d’autres monuments et nous terminons par la visite du bazar. C’est une immense maison divisée en une infinité de larges corridors qui font comme des rues, et, tout le long de ces corridors, il y a des magasins (400), disent les prospecteurs. C’est un labyrinthe où l’on se perd facilement si on n’a pas de guide. Et, dans ces magasins, on trouve tout ce que l’on peut désirer acheter. La foule qui circule dans ces couloirs appartient à toutes les races de la terre. C’est un spectacle pittoresque et très curieux de regarder agir toutes ces personnes aux costumes voyants et bizarres.

Nous retournons au bateau, qui part pour Beyrouth. »

(À suivre)

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Transcription du texte de la carte postale postée d’outre-mer à Éliane Bergeron.

31 jan. 1925

Je ne puis trouver les paroles qu’il faudrait pour dire la splendeur de Constantinople. C’est le pays des fééries, de grandes architectures.

J’en rêverai tout le temps.

Amitiés à tous.

Eu. C. ptre

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dimanche 19 octobre 2008

dimanche 19 octobre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XII)

La croisière de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (dixième tranche)

LA GRÈCE

A T H È N E S

« Enfin, après un voyage enchanteur à travers l’archipel des iles de la Grèce, nous arrivons à Athènes, la ville aux grands souvenirs, celle qui, si longtemps, fut la capitale de l’esprit, de la civilisation, de la gloire dans les siècles avant J.-C. »


« Nous montons à l’Acropole, qui n’a plus que des ruines à montrer. Mais ces vieilles pierres énormes parlent le langage le plus émouvant que l’on puisse entendre. Elles redisent une histoire glorieuse et font revivre une civilisation magnifique. »

Photo rapportée par Corbeil. Archives d'Alice Lamothe Lilley.

« Au pied de l’Acropole, c’est le Champ de Mars où se réunissait le peuple pour entendre les grands orateurs de l’aréopage et où saint Paul annonçait le dieu inconnu. Il n’est pas possible de parler convenablement d’Athènes en peu de temps, qu’il suffise de dire que, de toute cette gloire passée, il ne reste qu’un souvenir et que le peuple grec se débat pour arracher sa vie au milieu de toutes sortes de difficultés, obligé de recourir sans cesse à la protection des peuples plus jeunes et plus puissants. »

(À suivre)

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lundi 13 octobre 2008

LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(XI)

La croisière de 1925

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Causerie du 10 mai 1925 (neuvième tranche)

L’ITALIE

N A P L E S

« ‘Voir Naples et mourir’, dit le poète. J’avoue n’avoir pas été ému à ce point et je suis sûr qu’il y a encore sur la terre des choses bien plus belles que Naples.

Tout de même, Naples est une bien belle ville, mais ce sont surtout ses alentours qui attirent les touristes; le Vésuve, Capri, Pompéi sont des promenades vraiment ravissantes et intéressantes. Pompéi est cette fameuse ville où l’on avait réuni les plus grandes richesses, où les villas étaient les plus somptueuses et où vivaient les plus riches Romains, uniquement occupés de leurs plaisirs.

Or, un jour de l’an 79 [de] l’ère chrétienne, le Vésuve, soudainement, se mit en éruption et couvrit toute la ville de cendres et de lave d’une hauteur de 30 à 40 pieds. Après quelques heures de cette éruption, il ne restait plus rien de cette ville fameuse et de sa population d’environ 30 000 âmes. Aujourd’hui, après un travail qui dure depuis près de 100 ans, on a déblayé près de la moitié de la ville. On y retrouve des rez-de-chaussée de maisons, les rues, les places publiques, les statues et toute[s] sorte[s] de choses qui rappellent la vie antique. C’est donc un saisissant spectacle que ces ruines qui évoquent l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du monde.

Naples, comme toutes les villes, a son quartier ouvrier, lequel est sale et inconfortable, avec des rues mal pavées et un quartier fashionable avec ses châteaux, ses musées, ses boulevards de toute beauté. Ses églises sont très belles, mais ouvertes seulement pendant quelques heures chaque jour. Les monuments religieux que l’on trouve sur chaque rue sont très beaux et disent que ce pays est catholique. Cependant, ce peuple ne prie pas beaucoup et observe peu les préceptes de la religion. C’est peut-être la cause de cette plaie terrible qui afflige les peuples anciens : la mendicité. Partout, nous sommes assaillis par une armée de mendiants sans fierté et sans pudeur.

Nous revenons au bateau où nous rencontrons un groupe de Français, de Belges et d’Espagnols qui se joignent à nous pour achever la croisière. La vie sur le bateau devient plus agréable du fait de la présence du groupe français. Nous faisons bientôt connaissance et j’ai le plaisir de nouer avec eux des relations bien agréables.

Nous continuons la croisière. Saluons au passage le Stromboli, ce grand volcan toujours en éruption. Comme il est beau dans la nuit avec son panache de flammes et cette grande coulée de lave rouge qui vient se perdre dans l’océan. »

(À suivre)

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Cartes expédiées à Éliane Bergeron, à La Tuque


28 janvier 1925

Ma chère enfant.

Il fut un temps ou l’on pouvait dire « Voir Naples et mourir». Ce temps doit être bien loin. En tout cas, j’ai vu Naples et je désire vivre encore longtemps pour apprécier les jolies choses qui ne sont pas ou ne sont plus à Naples.

Quelle ville !


Il y a d’abord tout un peuple de mendiants qui te font violence; les rues sont mal entretenues; les parcourir en automobile est un supplice tout spécial. – Les rues sont pavé[e]s de blocs de roche qui était autrefois la lave du Vésuve qui a couvert Pompéi. Ces roches aligné[e]s soigneusement autrefois n’ont pas été touchées depuis des années, alors…

… il y en a qui surplombent, d’autres qui s’affaissent et tu as la sensation de rouler sur les tailles (dormants) d’un pont de chemin de fer. Ajoute que la ville est sale et que tout un peuple d’enfants en guenilles grouille dans les rues étroites, tu verras que c’est peu intéressant.

Cependant …

… il y a là les plus beaux monuments du monde. – Des chapelles merveilleuses, vides d’adorateurs et de priants. Il y a des parcs aux plantes rares et variées, des fleurs à ne savoir qu’en faire et un ciel unique.

Et au-dessus de ces beautés et aussi de ces misères, le grand Vésuve qui fume toujours et ne cesse de …

… rappeler ses épouvantables cruautés. – Pompéi, 2500 morts en quelques heures et une ville immense, riche de toutes les richesses de l’Orient, ensevelis sous 35 pds de cendre rouge et de lave bouillonnante.

Quel drame !

Mon voyage se continue, bien agréable, avec une société – Américains bien intéressants. Une moitié nous ont quitté à Naples et ont été remplacés par des Français. – Nous n’avons pas encore fait suffisamment connaissance pour que je t’en parle. Garde-moi ces cartes. Je pense souvent à La Tuque et, malgré toutes les joies du voyage, je me sens plus attaché que jamais à vous au pays.

J’espère trouver des lettres à mon passage à Marseille. Que j’ai hâte de vous lire. Nous passons ce matin au milieu des îles qui forment l’archipel de la Grèce. – Je t’ai quitté[e] un moment pour examiner le Cap St-Ange. – Il s’achève très haut…

… dans le ciel et à ses pieds, sur le rivage, on aperçoit le tombeau d’un saint ermite qui a longtemps vécu en ce lieu et qui fut très serviable aux marins, entretenant, la nuit, du feu qui les guidait au milieu des récifs. Aujourd’hui, le gouvernement entretient en ce lieu un phare.

Voilà l’équipage que l’on rencontre le plus souvent dans les rues. – Un cheval, un bœuf et un âne et un Italien. Cherche le moins bête.

Ritorno de Montevergine [Retour de Montevergine], abbaye célèbre.

Attelage et équipage de luxe napolitain.

Les Italiens ont une réputation de voleurs tellement bien établie qu’ils ne peuvent pas commercer entre eux. Les laitiers traînent donc leur troupeau de chèvres ou de vaches avec eux dans les rues de la vil le et chacun vient avec une tasse, un verre, une bouteille, vient chercher le lait extrait du pis de la vache pour chaque demande.

Quel pays !


Carte promotionnelle de la Fabre Line, rapportée par Corbeil.


Commentaires sur les cartes de Naples

Le ton plutôt paternel du curé à l’endroit de ma tante Éliane montre bien son affection à l’endroit de celle qui fut sa secrétaire. Cette même sollicitude à l’endroit des enfants Bergeron est évidente sur une carte de Marseille envoyée plus tard à Léo. En ces années de colonisation, le curé se voulait le protecteur de ses paroissiens et encourageait, dans la mesure de ses moyens, les sujets les plus doués à poursuivre leurs études. C’est ainsi qu’Éliane a pu fréquenter l’École normale, à Nicolet, et que Léo est allé au Séminaire de Québec.

Heureusement que Corbeil atténue ici quelque peu ses critiques. Il faut dire, à sa décharge, que, de nos jours encore, certains quartiers de la ville n’ont pas très bonne réputation. Et qui n’a pas déploré la laideur des accès aux grandes villes, un peu partout, à travers le monde?

À quelques reprises, Corbeil mentionne la réception de lettres en provenance de La Tuque, entre autres, de la supérieure du couvent, d’amis, d’Éliane, de Léo. Malgré mes recherches poussées, ces envois demeurent introuvables dans les archives et le fonds de la paroisse ou celui de Corbeil. Il serait si intéressant de pouvoir compléter ce travail par l’étude de cette correspondance mystérieusement disparue. Nous saurions, par exemple, ce qui se passait dans la ville en l’absence de son pasteur.

Commentaire plutôt farfelu de Corbeil. Le curé ne rate aucune occasion de qualifier les Napolitains de « voleurs », une caractéristique que plusieurs semblent encore partager aujourd’hui. Petite anecdote : mon père, Hervé Raîche, en visite en Italie, s’était fait soutirer la casquette qu’il portait par un gamin qui a pris la poudre d’escampette. Tous ont trouvé cette subtilisation amusante, sauf la victime, bien insulté de l’audace du jeune Italien!


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vendredi 26 septembre 2008


LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(X)


La croisière de 1925

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L'ITALIE


Causerie du 10 mai 1925 (huitième tranche)

P A L E R M E

Palerme. Carte postale rapportée par Corbeil.

« Nous sommes en Sicile, la grande île de la Méditerranée, célèbre par son climat merveilleux; c’est l’été continuel, sans grande chaleur et sans froid, et par l’Etna, le plus grand volcan du monde, haut de 3 500 [pieds] qui la domine avec une grande majesté. Palerme est la ville principale de l’île, c’est une très belle ville. Elle possède des palais et des églises de toute beauté. »

Intérieur de l’église de Montreale. Italie. Carte rapportée par Corbeil.

« L’église de Monreale est, au dire des connaisseurs, la plus belle du monde et nous pouvons y voir les vêtements sacerdotaux [des] Xe, Xle et XlIe siècles. De même, des vases sacrés en or ou en argent de la même époque. Le palais du roi et sa chapelle intérieure est [sic] un bijou artistique. On a réuni là tout ce que la terre offrait de précieux en pierre ou en métal. »

Cathédrale de Palerme. Carte rapportée par Corbeil.

« Une curiosité qui étonne les étrangers, ce sont les catacombes. Les catacombes sont, à proprement parler, les caves du couvent des capucins. Dans ces caves, on a réuni environ 8 000 momies que l’on a exhumées du cimetière voisin. Cette terre volcanique a la propriété rare de momifier les cadavres au lieu de les changer en poussière comme ailleurs. C’est tout de même un spectacle macabre. Imaginez des souterrains où des milliers de cadavres, les uns gardés dans des boîtes de verre, les autres tout simplement accrochés au mur ou au plafond, et promenez-vous là-dedans ! »

En 2006, j'ai visité l'église de Monreale et la cathédrale de Palerme. Mais j'ai refusé d'aller à la crypte des Capucins, ce lieu lugubre que Corbeil nomme « les catacombes ». Archives de Micheline Raîche-Roy.

« Il y a les couloirs réservés aux capucins, celui réservé aux évêques et [aux] chanoines (les boîtes sont de verre), deux réservés aux nobles bienfaiteurs (les boîtes sont de verre). Ceux réservés au populo, dont les boîtes sont accrochées au mur ou au plafond. Il y a là des cadavres de morts relativement récentes, morts de 1878 à 1880. Pour une curiosité, vous admettrez avec moi que c’en est une vraie. »

(À suivre)

Crypte des Capucins à Palerme. Archives de Micheline Raîche-Roy.


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lundi 22 septembre 2008


LES VOYAGES OUTRE-MER DU CURÉ CORBEIL

(IX)

La croisière de 1925

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L’ALGÉRIE

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Causerie du 10 mai 1925 (septième tranche)

A L G E R

« Le lendemain, nous visitons Alger. Il faudrait un volume pour décrire les beautés de la ville, ses palais musulmans, ses jardins si pittoresques, ses mosquées et ses monuments. En haut de la ville moderne se trouvent les quartiers arabes qui s’appellent la Kasbah, dont la principale rue, large d’environ 20 pieds, n’a pas moins de 500 marchés. On comprend combien est intéressante la visite de ce quartier où l’étranger peut prendre contact avec la vie arabe primitive. Il y a un si grand nombre de petites rues étroites, irrégulières qui forment un labyrinthe où l’on se perdrait facilement sans nos guides.

Les vieilles maisons de pierre à plusieurs étages sont serrées les unes contre les autres, avec au rez-de-chaussée de petites boutiques, mal éclairées et sales, où le marchand attend sans se lasser le client qui lui achètera ses bibelots. C’est la vieille ville bâtie autrefois, alors que les guerres multiples obligeaient les citoyens à se concentrer pour mieux se défendre.

Nous ne dirons qu’un mot de la ville moderne ou plutôt de la cathédrale catholique, car elle a une histoire bien intéressante. C’était autrefois une ancienne mosquée, il y a environ 500 ans, lors de la conquête de ce pays par les Turcs, le chef arabe d’Alger était un converti au catholicisme. Vaincu par les Turcs, il fut amené devant son vainqueur, qui lui proposa de lui laisser la vie, ses palais, ses richesses, s’il voulait redevenir musulman. Le grand chef vaincu préféra le martyre; il fut torturé puis, encore vivant, couvert de plaies, roulé dans de la chaux vive et enterré dans sa mosquée afin de servir d’exemple et d’apprendre aux musulmans le sort qui leur serait réservé s’ils devenaient apostats.

Quatre cents ans après, la France chassait les Turcs et donnait à l’évêque catholique, pour qu’il s’en fasse une cathédrale, la mosquée où était enseveli ce martyr de la foi et son ancien palais devenait l’évêché du nouveau diocèse. C’est une très vieille et très belle église. Tout à côté, il y a la statue de Bugeaud, le grand ministre qui assura à la France la belle conquête de l’Algérie. Il fait bon se rappeler que Louis Veillot, ayant alors 18 ans, fut le secrétaire de Bugeaud et rédigea un rapport vraiment prophétique sur l’avenir de l’Algérie."

(À suivre)

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Remarques et opinions de Corbeil sur Alger et ses habitants.

Les quelques propos, rédigés au verso des cartes postales reproduites ici, ont été adressés par Eugène Corbeil à sa secrétaire, ma tante Éliane Bergeron. Les aurait-il proférés en public ? Je n’en suis pas sûre du tout bien que sa causerie comporte certains passages qui ne font pas dans la rectitude politique. Faut-il se surprendre de ses énoncés chauvins, xénophobes, voire racistes?

Imaginez les réactions des gens si ces propos étaient publiés de nos jours. Notre pauvre curé serait obligé de se rétracter et d’offrir des excuses publiques. Arabes et musulmans riposteraient surement à ses jugements plutôt intempestifs et à ses insultes.

Faut-il voir là la réaction simpliste d’un petit curé de campagne devant un monde si différent, comme étant celle d’une victime d’une éducation contrôlée et dispensée par des clercs. Certes, il a dû écrire sous la première impression, sans trop réfléchir à cette réalité de la vie au Moyen-Orient, à des années-lumière des conditions de vie de l’Amérique, lui semble-t-il. Bien que le quotidien de plusieurs colons des provinces éloignées des centres urbains du Québec et de l’Ontario n’ait guère été parfois si différent de celui de ces gens. Qu’on pense à ces exilés frauduleusement attirés en Abitibi sous les conseils de prêtres colonisateurs, paniqués à l’idée que leurs ouailles passent aux États de la Nouvelle-Angleterre dans cet univers infernal qu’était la ville ! Il valait mieux les parquer sur des terres incultes, loin des attraits maléfiques de la vie moderne, à récolter de la pierre avant de devenir du « cheap labor » dans les industries détenues par de vrais étrangers.

Il y a, dans les propos d’Eugène Corbeil, beaucoup de suffisance. C’est celle de quelqu’un qui a été éduqué dans un système scolaire au carcan très étroit, celui de la théocratie, où la liberté de penser par soi-même était impensable. « Hors de l’Église, point de salut », proclamait-on en ces temps où l’habitant de la paroisse voisine était déjà l’étranger. Le curé, comme les notables de son aréopage, prétendait détenir LA vérité. Sa vision du monde était la seule acceptable. Malheur à celui et à celle qui oseraient remettre en question cette autorité venue de très haut...


Alger, la belle.

Le quartier europé[en]. C’est riche. C’est beau, toutes les merveilles construites pendant six cents de domination turque ont été conservées, améliorées par les grands Français qui ont conquis l’Algérie.

Alger, 23 janv. 1925

1. Ma chère enfant,

Nous quittons Alger après eux jours passées à visiter cette vieille ville arabe. C’est une leçon intéressante qui complète bien les notions très superficielles que les lectures m’avaient laissées. – Voici un coucher de soleil qui fait rêver.


2. Presque toutes les maisons arabes ont des fenêtres grillées pour plusieurs raisons : pour la protection des femmes contre les entreprises des voisins, pour défendre le foyer contre les révolutions, si fréquentes chez les arabes. –

En tout cas, tout ce peuple arabe est un peuple abruti qui préfère la dépendance, l’esclavage à la vraie liberté. – Il y a cependant encore des belles personnes à voir. [?]

3. Voilà qui annonce une certaine tenue de la grâce, mais celles que j’ai vues des jeunes filles arabes, étaient vêtues avec des haillons.

Il y en a mieux partagées sans doute, mais c’est l’exception. –

La condition de la femme arabe, pour être moins pénible qu’autrefois, reste encore très misérable. –

Vive notre cher pays et nos jeunes Canadiennes. Comme leur vie est meilleure et comme elles sont supérieures à toutes.

Il y a beaucoup d’Anglais riches qui vivent à Alger, attirés par ce printemps éternel, qui fait notre étonnement à tous. – Ils se sont construit une belle église. – Cela ne vaut cependant pas les églises catholiques.

Une jolie idylle. –

Cela doit surtout se trouver sur les cartes ??

Cette rue domine le port. C’est très beau.- J’espère que tout va bien à La Tuque. J’ai bien hâte de vous revoir tous. – Ce sera au commencement d’avril très probablement. – Je chasse l’ennui en essayant d’acquérir le plus possible de connaissances.

Voilà une jolie vue de la mer par certains soirs de calme et de lune.


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