vendredi 15 janvier 2010

EUGÈNE CORBEIL

CONCLUSION


Me voici rendue à la dernière page de ce blogue consacré à quelques aspects de la vie d’Eugène Corbeil. J’ose espérer que mon modeste travail aura su contribuer de quelque façon à ajouter à la connaissance de l’histoire de la ville de La Tuque à l’occasion de la célébration prochaine de son centenaire.

En guise de conclusion, je proposerais quelques données, bien incomplètes, sur la famille du curé, accumulées au cours de mes recherches. Elles pourraient s’avérer utiles.

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Les parents Routhier-Corbeil

Eugène Corbeil posant devant le presbytère et la première église de la paroisse

qu’il a fondée en 1908, Saint-Zéphirin de La Tuque.

Photo fournie par Lucien Pilote et parue dans l’essai de Françoise Bordeleau,

Les 75 ans de la paroissse Saint-Zéphirin. La Tuque. 1912-1987 (Shawinigan, Publicité Pâquet).

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La mère : Ovide ou Ovida Routhier (1830-1902) ?

Dans la tradition québécoise, le premier de ces prénoms est masculin, tandis que le second est à peu près inexistant. Même en France, selon certaines sources, on ne l’aurait recensé qu’à cinq reprises depuis 1900.

Naissance d’Eugène Corbeil. Registre du comté de Russell, Ontario, 17 janvier 1877.

Reproduction aimablement fournie par Gail Aubé, Latuquoise d’origine.

Dans cette entrée, il demeure bien difficile de dire si la voyelle finale du patronyme de la mère est un« A » ou un «E».

De plus, l’orthographe du patronyme paternel y est fautive : «CORBIEL» !

Pierre tombale des CORBEIL – SIMON, cimetière Notre-Dame,

boulevard Fournier, Gatineau (secteur Hull).

Pour compliquer davantage la précision du prénom de la mère d'Eugène Corbeil, on a gravé «OLIVE» sur le monument funéraire de ses parents !

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Le père, Édouard Corbeil : un instituteur itinérant

Élie-Joseph Auclair, docteur en théologie et en droit canonique, membre de la Société Royale du Canada, auteur d’une vingtaine d’essais et de biographies, avait déjà écrit sur le beau-frère de Corbeil, Adolphe-Basile Routhier.

Édouard Corbeil (1827-1900) fut maître d’école dans six localités différentes.

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Des Corbeil à Hull

Une page intéressante (malgré certaines erreurs) sur la maison Farley, 145, rue Champlain, dans l’Île de Hull (devenue Gatineau), habité par Élisa Corbeil et son époux, Stanislas B. Simon, qui y donna des cours :

http://www.civilization.ca/cmc/exhibitions/hist/hull/rw_83_if.shtml .

Une de leurs trois filles, Thérèse, est décédée à La Tuque, en 1915.

La maison accueillera Édouard Corbeil et son épouse pendant un certain temps.

À Hull, Édouard Corbeil fut l’ami d’Eraste d'Odet d'Orsonnens, un notaire aux intérêts diversifiés, auteur de petits romans et de nouvelles. Les deux hommes auraient travaillé à la solution de problèmes de dynamite !

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CORBEIL, Sylvio (1860-1949)

Source : Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, tome 1,

Des origines à 1900 (Montréal, Fides, 1978).


Des trois ecclésiastiques de la famille Routhier - Corbeil, c’est celui qui a eu, je dirais, le plus d’envergure, celui dont l’influence a été la plus marquée sur son époque. Il aura été un animateur important de la société canadienne-française dans la région outaouaise en particulier. N’a-t-il pas été d’une grande influence sur l’historien national Lionel Groulx dont il fut le directeur de conscience ? Plus tard, Groulx dira de lui qu’il n’était guère doué pour l’enseignement de la littérature…


C’est donc lui, Sylvio, l’intellectuel de la famille, celui qui a poussé ses études jusqu’au doctorat en théologie, spécialisation en droit canon, ce qui lui a permis d’occuper par la suite des postes de prestige : censeur pour le diocèse d’Ottawa, professeur au Collège de Sainte-Thérèse, qui deviendra le cégep Lionel-Groulx, premier principal de l’École normale de Hull, qui ouvrit ses portes le 9 septembre 1909 et dont il dirigera les destinées jusqu’à sa nomination au poste de directeur du Grand Séminaire d’Ottawa, en 1928, poste qu’il occupera jusqu’en 1942. À propos de ce dernier poste, une source mentionne qu’en 1939, il y était «directeur spirituel», ce qui pourrait signifier que ses responsabilités aient été moins axées sur l’administration de l’établissement, que l’encadrement des futurs prêtres, un rôle de conseiller moral auprès d’eux. Dans le premier tome du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, sa notice biographique précise qu’il fut «supérieur du Grand Séminaire d’Ottawa» et qu’il se retira par après au Séminaire Sainte-Thérèse, où il meurt en 1949.


Le regretté historien Pierre Savard a dit de lui qu’il était « une de ces personnes qui [ont] facilit[é] les relations entre les Canadiens français des deux provinces [le Québec et l’Ontario].»

(Source : Pierre Savard, Relations avec le Québec.

http://www.francoidentitaire.ca/ontario/texte/T0183.htm)



Il a publié quelques ouvrages littéraires, dans le genre dramatique, à caractère historique, écrite pour des productions étudiantes.


Silvio Corbeil. Chomedey de Maisonneuve : drame chrétien en trois actes ; Samuel de Champlain : pages oratoires ; trois auréoles!, Montréal : Cadieux & Derome, 1899, 115 pages.

Accessible en ligne.

(tp://www.canadachannel.ca/champlain/fr/index.php/Portail_Samuel_de_Champlain_-_Bibliothèque_virtuelle) Section «Bibliographie».



L’édition comporte une dédicace, en latin de cuisine, de J. O. Routhier, l’oncle maternel de l’auteur, protonotaire apostolique et vicaire-général du diocèse d’Ottawa, ainsi qu’un résumé de la présentation qu’Adolphe-Basile Routhier, un autre oncle, a faite avant la première représentation de la pièce, au collège Saint-Thérèse, en 1899.


Corbeil y signe aussi un texte sur les fêtes qui ont accompagné le dévoilement d’une statue en l’honneur de Champlain. Il y inclut le long sermon qu’il prononcé à ce moment-là, ainsi qu’un court essai d’A. B. Routhier sur le fondateur de Québec.


http://www.archive.org/stream/cihm_00233#page/n3/mode/2upLa Nouvelle-France recouvrée (1932)


Il a aussi fait paraître «Dioclétien, empereur romain ou L’Impériale Espérance», dans les Annales térésiennes (1931-1932), et des essais pédagogiques, sanctionnés par le Comté catholique du Conseil de l’instruction publique du Québec.


La Normalienne en Belles-Lettres (Montréal, Beauchemin).


Ce manuel est une formation d'art littéraire, une initiation à la causerie littéraire et une direction dans le «labeur de la rédaction à la petite école».


La Normalienne en philosophie et aux sources de la philosophie traite de philosophie et de psychologie. Les propos de Corbeil s’adressent autant aux élèves qu’aux professeurs.


Pédagogie du jeune humaniste canadien (Montréal, Beauchemin, 1937).


Parmi d'autres textes épars, une lettre en guise de préface à la brique romanesque de son oncle, Adolphe-Basile Routhier, intitulée Paulina, roman des temps apostoliques (Québec : Imprimerie franciscaine missionnaire, 1918, xxiv, 382 p.).



Dans le cadre de ses fonctions de principal d'une école normale, il participe aux travaux de diverses commissions pédagogiques.


Il a prononcé des discours et des sermons à caractère historique en plusieurs circonstances.


Le 21 septembre 1898, à l’occasion du dévoilement de la statue de Samuel de Champlain, en l’église Saint-Jean-Baptiste, de Québec, il livre un sermon d’une quinzaine de pages, orienté sur le rôle de Champlain comme «père de la Nouvelle-France» et défenseur de la foi chrétienne. Son texte est reproduit dans son livre Maisonneuve. Toute la classe politique et religieuse du pays assiste à son homélie.


Il livre un discours au Congrès de la jeunesse, à Ottawa, en janvier 1910, reproduit dans la revue de Montréal, Le Semeur. Dans l’auditoire se trouvaient Wilfrid Laurier, le premier ministre, et Robert Borden, le chef de l’Opposition.


En septembre de la même année, il souligne l’importance des institutrices dans la société :

«Il est un fait social que nombre de personnes, même soucieuses des affaires nationales, n'ont pas observé. Ce fait, c'est la mission de la femme enseignante auprès des enfants du peuple. La place de l'institutrice à l'école populaire se fait de plus en plus large. La dernière statistique établit qu'en l'année scolaire 1908-09, sur 4,751 membres de l'enseignement non congréganiste, 4,528 sont des institutrices. Elle est donc considérable la part de la femme enseignante dans l'éducation nationale. L'école primaire est son royaume. Elle règne à l'école tout comme au foyer, et cela, remercions-en Dieu, au grand bénéfice de la jeune génération. Oui, rendons-en grâce à Dieu, car ce fait social est bien conforme au vœu de la Providence. La ruine a tombé sur l'homme par la femme, et par la femme lui vient la restauration, celle d'allumer la pensée dans l'esprit qui s'éveille et, sur les lèvres qui balbutient, le verbe précis et châtié. Oui, rendons-en grâce à Dieu, ce fait social est en parfaite conformité avec notre histoire. »

— M. l'abbé Sylvio Corbeil, principal de l'École Normale de Hull;

citation du Moniteur de Hawkesbury, 9 septembre 1910.

Au début des années 1920, il se rend occasionnellement à la mission de la Nativité-de-Marie (Labelle), le dimanche, pour y exercer son ministère.


Il est étonnant qu’il n’ait pas assisté aux funérailles d’Eugène, mort en 1939. Son poste de directeur du Grand Séminaire d’Ottawa l’avait-il empêché de se déplacer ? Se serait-il alors fait remplacer par le curé de la paroisse de la cathédrale Sainte-Anne d’Ottawa, J.-A. Mayrand, ou celui de la paroisse hulloise de Saint-Rédempteur, J.-A. Joanisse ?


Osias Corbeil (1867-1918)


Osias Corbeil était venu à La Tuque pour y mourir, le 9 mars 1918, aux côtés de son frère.

Malgré son statut de séculier, il avait été missionnaire dans l’Ouest et au Yukon dans plusieurs postes établis pour la plupart par les oblats.


Il avait fait ses études classiques au Collège de Sainte-Thérèse et étudié le droit pendant une année. Il fut ensuite journalisme pendant deux autres années avant de faire sa théologie au Grand Séminaire d'Ottawa. Ordonné prêtre le 19 mai 1894, il fut vicaire à la Pointe-Gatineau et à Masson dans le diocèse d'Ottawa, puis en 1896, il fut nommé curé de Saint-Adolphe, au Manitoba. Deux ans plus tard, on le retrouve au Yukon, terre de mission qu’il arpentera jusqu’en 1906. Puis il séjourne en Alberta jusqu’à sa nomination comme secrétaire du vicaire apostolique du Témiscamingue, Élie-Anicet Latulipe, lequel fut du voyage chez les Têtes-de-Boule, à Wemotaci, en juillet 1913, périple organisé par Eugène Corbeil et le curé de Sainte-Thècle, Maxime Masson. En 1910, il est nommé curé de Vannes, au Manitoba, et fonde en 1912 la paroisse de Fisher Branch.


En 1914, il passa l'été à Montréal, où il s'occupa de colonisation et retourna à Saint-Boniface en octobre pour y être vicaire à la cathédrale. Il redevient ensuite missionnaire.

Source : musee.societehisto.com/osias_corbeil_n372_t455.html .


Un détail intéressant sur le recruteur de colons pour l’Ouest, rôle que joua un temps Osias Corbeil. En 1899, on se plaignit, depuis Montréal, auprès du premier ministre Laurier, des activités de ces missionnaires colonisateurs qui venaient saigner le Québec de ses colons.

Dans une lettre à Laurier, le directeur général de la Société générale de Colonisation et de Rapatriement de Montréal, T.-A. Brisson, décrivait Corbeil comme un «gros être lymphatique, toujours fatigué de ne rien faire et sans aucun talent comme agent recruteur » [ma traduction] et ajoutait que les curés faisaient bien de leur fermer la porte de leur presbytère à tous ces dépeupleurs. Il y suggérait de les envoyer exercer leur mission aux États-Unis.


CORBEIL, Eugène (1877-1939)

Eugène Corbeil n’était pas un être dénué de toutes contradictions, ne mettant pas toujours en pratique ses enseignements, qu’ils soient d’ordre moral ou politique.

En 1902, alors vicaire à Buckingham, près de Gatineau, il critique les premières années du classique qui y sont données avec le résultat qu’on les retire du programme.

À La Tuque, se rangeant du côté des patrons, les Brown, il s'opposera à la mise sur pied d'un syndicat.

En 1909, il prononce un discours à Québec pour dénoncer la désertion de la terre, qu’il qualifie de crime de «lèse-majesté», au moment même où lui-même s’affaire à développer une paroisse urbaine dont l’économie repose sur les activités d’une usine de pâtes à papier et où le mot même d’agriculture est rarement prononcé. Un de ses neveux, Osias, viendra toutefois s'installer sur une terre à la périphérie de La Tuque.

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Un texte énigmatique : « On n’aime qu’une fois »

Dans le fonds d’archives Corbeil-Michy-Caron, naguère conservé par le Comité socio-culturel de La Tuque, j’ai trouvé, marqué du tampon «Centre d’archives – La Tuque», un petit récit de six feuillets dactylographiés sur une machine à écrire, sans accents et signé des initiales «E. P.».

D’aucuns pensent que cette relation d’un premier amour serait l’œuvre du premier curé de La Tuque et qu’elle serait autobiographique. Bien difficile de croire qu’elle puisse être la production d’un esprit adulte, à en juger par ses nombreuses erreurs – ponctuation déficiente, orthographe approximative, accords fautifs. Comment ne pas croire qu’il s’agit là d’un banal travail scolaire. C’est le pensum d’un collégien de Belles-Lettres ou de Rhétorique, cinquième et sixième années du cours classique.

Les faits (supposés) qui y sont racontés ne correspondent pas tellement à ce qu’ont pu être les premières années du futur prêtre. C'est Osias, son frère missionnaire dans l'Ouest, qui a fait l’expérience du «monde», comme on disait à l’époque, durant son année d’études en droit avant de se lancer dans une brève carrière de journaliste puis d’endosser la soutane.

Et, comme il est venu mourir à La Tuque, où il fut inhumé, on peut se demander si ce texte ne faisait tout simplement pas partie des papiers personnels conservés par Eugène et ne constituait finalement qu’une simple œuvrette de fiction, de facture quelque chancelante et au romantisme déjà dépassé pour l"époque.

De plus, ordonné prêtre à 24 ans, il y a lieu de croire qu’Eugène Corbeil sera passé directement du cours classique (huit années d’études) au grand séminaire (quatre). Où aurait-il trouvé le temps de faire des études de droit et de frayer dans le «monde» extra ecclésial ?

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Un motard dans la famille

En 1947, une petit-neveu du curé Corbeil, Wesley-Eugène Corbeil, de La Tuque, surnommé «Jack», un policier de la Sûreté du Québec, est nommé agent de la route et affecté à la patrouille des environs de sa ville et de la route 19, devenue la 155.

Source : «L'histoire de la sécurité publique en Mauricie depuis 1857»,

Musée virtuel du Canada, Internet.

Il était le fils d'Osias, neveu du curé. Outre Jack, il eut trois garçons, Norman (employé de Postes Canada, en Ontario), Roger (qui a travaillé à l'hôpital Saint-Joseph de La Tuque) et Jim, ainsi que trois filles, Édith, Athaïs et Sylviane. Son épouse était d'origine irlandaise.

Sur le site I COME FROM LA TUQUE, il pose sur une photo en compagnie d'un groupe d'enfants et de la célèbre vedette du Canadien de Montréal, Maurice Richard, alors de passage dans cette ville de la Moyenne-Mauricie.

Merci à Gaston Gravel de m'avoir renseignée sur cette famille latuquoise.


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Inauguration, en 1917, du monument au Sacré-Coeur, à La Tuque, ouvrage qui, à l'époque coûta 8000$.
Source: essai de Françoise Bordeleau.

Eugène Corbeil et des diplomées du couvent des Soeurs de l'Assomption.
Source : essai de Françoise Bordeleau. Photo fournie par Irène Roy.

Scoutes et louveteaux latuquois entourent Eugène Corbeil.
À sa droite, mon oncle Henri-Paul Bergeron.

Le buste en hommage à Corbeil, installé en 1957.
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P. S. J’ai déjà entrepris de colliger des éléments relatifs à ma famille et des souvenirs de mon passage à La Tuque. Je compte en faire la matière d’un nouveau blogue si mon mystérieux éditeur et réviseur continue de m’accorder son appui. Je dois avouer que sans lui, je n’aurais guère été en mesure de mettre dans Internet toute cette matière que j’avais accumulée et préparée depuis de nombreuses années. Qu’il soit de nouveau remercié de son aide précieuse.






mercredi 30 décembre 2009

DÉCÈS D'EUGÈNE CORBEIL


Dans l’après-midi, le jeudi 7 mars 1939, La Tuque perdait son curé fondateur, victime d’une crise cardiaque. La nouvelle fit l’objet d’une dépêche de la Presse canadienne, signalée par Lucien Desbiens, journaliste au Devoir, qui connaissait le type pour avoir écrit brièvement sur lui dans son court essai Au cœur de la Mauricie (1), publié quelque six ans auparavant. L’article de Desbiens sera reproduit dans l’hebdomadaire trifluvien Le Bien public qui, la semaine précédente avait annoncé la nouvelle et produit un hommage au défunt. Sans doute les quotidiens de Québec, Le Soleil et l’Action catholique, de Montréal, La Presse, firent-ils paraître également la nouvelle, de même que Le Nouvelliste de Trois-Rivières, et les petites publications régionales.

La dépouille d'Eugène Corbeil.

Photo extraite de l’essai de Françoise Bordeleau (2).

Gourmet, mais surtout gourmand, Corbeil souffrait d’obésité, condition qui avait provoqué chez lui différents maux. Espérant une guérison miracle, il avait suivi, on le sait déjà par sa correspondance que j’ai présentée dans ce blogue, une cure à Vichy, en France.

« C’est un régime très énergique, écrivait-il alors, et qui produira les meilleurs résultats … Non seulement mon cœur était malade, non seulement mon sang était intoxiqué par le poison, mais mon foie était très malade … Je retournerai guéri, c’est-à-dire avec un état normal …»

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« J’ai fait une cure sérieuse et j’ai obtenu de beaux résultats … Le séjour s’imposait, c’est le seul moyen de récupérer ma santé et voir clair pour l’avenir dans le régime que je devrai suivre … J’y ’ai trouvé une amélioration générale qui pourrait bien être la guérison parfaite… »

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Funérailles d’Eugène Corbeil, le 11 septembre 1939, à l’église Saint-Zéphirin de La Tuque.

Malheureusement, à son retour au pays, il est vite retombé dans ses mauvaises habitudes. Son médecin, Maxime Comtois, raconte dans ses souvenirs (3) les derniers instants de vie de son patient :

«… Je fus son médecin pendant dix-huit ans et à un moment donné [en 1937], en pleine crise cardiaque, je dus le transporter en avion à Montréal dans un petit avion fait pour deux personnes. Il fallut agrandir les portes pour glisser le malade dans la carlingue. La compagnie Brown avait nolisé cet avion au Lac-à-Beauce… À partir de cette crise, mon curé ne reprit jamais le dessus et deux ans plus tard, il me mourait dans les bras en me serrant la main avec de grosses larmes dans les yeux et en murmurant : « Max … »

Ce fut son dernier mot, je dois avouer que je pleurais comme un enfant, je perdais mon meilleur ami, mon compagnon de dix-huit ans, dont l’amitié ne s’était jamais démentie, et mon bienfaiteur. »

Extraits des registres de la paroisse Saint-Zéphirin, septembre 1939.

Photocopies aimablement fournies par Gail Aubé.

Ont signé de l’acte de sépulture de Corbeil :

H[ormisdas] Trudel, chanoine, curé, vicaire-général; Mgr J. A. Myrand, curé de Ste-Anne [Ottawa|] ; chanoine J. A. Joanisse, curé, Hull, Ottawa; L[ouis] Caron, ptre; André-Albert Dufour, ptre vic.; Philippe Chartrand, ptre, supérieur, Séminaire Ste-Thérèse; Fr. Chrysostome Lauzon, o.f.m.; J. A. Graton, ptre, curé de St-Nicolas ; Joseph Duval, ptre, chanoine, Trois-Rivières; Paul Blanchet, diocèse d’Amos; Germain Gervais, ptre; Alexandre Soucy, ptre; Lorette Simon (parente du défunt]; Adolphe Routhier [parent du défunt]; Omer Veillette, marguiller; [Nom illisible ]; Gabrielle Monet; Alfred-Odilon Comtois, év. des Trois-Rivières. C’est lui qui avait célébré le service funèbre.

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L’article est sans doute de Clément Marchand, le directeur du périodique.Le Bien public, 14 septembre 1939, p. 13.

Reprise de l’article de Lucien Desbiens. Le Bien public, 21 septembre 1939, p. 4.

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Carte mortuaire de Corbeil

Archives de Micheline Raîche-Roy

Le monument d‘Eugène Corbeil, cimetière de La Tuque.

Photo : Micheline Raîche Roy, juillet 2008.

Pierre tombale d’Eugène Corbeil, cimetière paroissial de La Tuque.

Photo : Micheline Raîche Roy, juillet 2008.

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Le 22 juin 1958, on dévoilait un monument à la mémoire de Corbeil. Le maire de l’époque, Onésime Dallaire, y dépose une couronne de fleurs.

Photo fournie par Jeanne Dallaire et parue dans l’essai de Françoise Bordeleau (2).

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(1) Lucien Desbiens, Au cœur de la Mauricie, Trois-Rivières, Éditions du «Bien public», coll. «Pages trifluviennes», série A, no 8, 1933.

(2) Françoise Bordeleau, Les 75 ans de la paroisse Saint-Zéphirin. La Tuque. 1912-1987. Shawinigan, Publicité Pâquet, 1987.

(3) Souvenirs du Dr Max Comtois - http://drcomtois.situs.qc.ca/


(4) Lucien Filion. Histoire de La Tuque à travers ses maires (1911-1977), Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1977.

jeudi 10 décembre 2009

Témoignage sur la venue de Corbeil
à La Tuque, en 1908

C’est celui d’Alphide Tremblay**, l’un des pionniers de la ville, un homme d’affaires, que j’ai trouvé dans un petit ouvrage de facture artisanale, L’appel de minuit. Préliminaires. Grand-Père Alphide, dont les textes, dactylographiés, ont été reproduits tels quels et reliés plus que simplement. La couverture, plutôt neutre, ne mentionne ni éditeur, ni date. L’auteur en est Paul de Claver, pseudonyme de L.-P. Tremblay, un fonctionnaire fédéral, selon la Bibliothèque nationale du Québec, à la Commission géologique du Canada.

Premières lignes de la présentation du livre.

Un entrefilet de l’hebdomadaire de Shawinigan, Les Chutes , en date du 10 novembre 1954, signale qu’Alphide Tremblay a été interviewé à la télévision de Radio-Canada sur ce livre récemment paru.


Voici le passage où Tremblay se rappelle la venue et l’installation de Corbeil à La Tuque.

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[**] Alphide Tremblay est né à St-Alphonse-de-Ligouri, près de Bagotville, le 31 octobre 1867, et est décédé à La Tuque, le 6 octobre 1957.Il avait 27 ans lorsqu'il épousa Arthémise Larouche, le 16 avril 1894. Celle-ci, née le 18 juin 1874, est décédée à Québec, le 6 février 1949.

Si ces informations généalogiques sont véridiques, l'auteur de l'entrefilet de 1954 aurait vieilli Tremblay de quelque huit années.

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Aux archives du Séminaire Saint-Joseph, à Trois-Rivières, j’ai déniché ces quatre photos de Corbeil, que je n’ai ou malheureusement pu que photocopier, d’où leur mauvaise qualité.

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Eugène Corbeil en 1928. Extrait de l’essai de Lucien Filion, L’histoire de La Tuque à travers ses maires (1911-1977) - (Trois-Rivières, Le Bien public, 1977).

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Osias Corbeil

Le prêtre dont le portrait figure au coin supérieur droit de la page de droite est Osias Corbeil, frère du curé de La Tuque. Missionnaire au Yukon et en Alberta et au Manitoba de 1898 à sa mort, le 9 mars 1918, auprès de ce dernier. Il est enterré à La Tuque.

«Dans le Yukon», L’Album universel, 24 octobre 1903.

Le Weekly Star, de Dawson City, le 4 avril 1903, mentionne que «Father Corbeil» a assisté, à Whitehorse, à une rencontre officielle relative à l’établissement d’écoles publiques.

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vendredi 20 novembre 2009

Autre célébration
d'Eugène Corbeil

Eugène Corbeil et sans doute l’oblat Étienne Guinard,

dans une réserve amérindienne ,dans les années 1930.

Le dernier hommage écrit rendu à Corbeil est d’Alcide-Aldori Dupont, greffier de la ville de La Tuque de 1939 jusqu’à 1964 environ. Il fait partie d’un long document que Dupont présenta à ses patrons, le maire Lucien Filion et le gérant municipal Léo Archambault, en août 1962.

Dupont vers 1930. Photo fournie par Hervé Tremblay.

Intitulé « Histoire de la ville de La Tuque, 1908-1962 », il s’agit d’un long document de 225 feuillets, dactylographiés sur papier grand format, et tirés à plusieurs exemplaires ronéotypés. Il est demeuré à l’état de manuscrit.

Autobiographie tirée d’un ouvrage en souscription, Vedettes 1952. Le fait français au Canada,

Montréal, Société nouvelle de publicité, 1953.

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Il m’a semblé utile de reproduire cet extrait sur Corbeil puisqu’il n’est pas facilement accessible.

Les feuillets numérisés proviennent d’un exemplaire qui a appartenu à l’une de mes tantes maternelles.


ALCIDE-ALDORI DUPONT et ÉLIANE BERGERON

Dupont fut l’un des nombreux prétendants de ma tante Éliane, l’aînée

de la famille de Joseph et d’Élodie Bergeron, née le 6 décembre 1903, à Saint-Agapit.

Éliane Bergeron, La Tuque, vers 1933.

Voici ce qu’elle a écrit dans un recueil de textes sur les familles Bergeron et Paquet.

« Je ne connais guère ma paroisse natale, la famille ayant résidé à Lyster, et ensuite à La Tuque. Cette fois, ce fut pour un demi-siècle. J’ai donc quitté ‘le petit pays de mes ancêtres’, alors que j’avais tout juste l’âge de raison.

Après mes premières années de scolarité, j’entre à l’École normale de Nicolet dirigée par les religieuses de l’Assomption. À 16 ans, j’obtenais mon Brevet académique d’enseignement. De l’Université Laval de Québec, je reçois également un diplôme supplémentaire de culture générale. Étant trop jeune pour avoir le droit d’enseigner, j’étudie un an de plus au pensionnat de Nicolet en attendant d’avoir 18 ans. En 1921, je me lance dans l’enseignement, c’est ce que je désirais. Pendant 11 ans, j’enseigne au couvent de La Tuque.»

Éliane a toujours eu une vie intellectuelle intense. Abonnée à des revues éditées en France, elle a fait partie d’un club d’échanges de cartes postales, participé à un genre de courrier, probablement dans le quotidien de Québec, Le Soleil. Possédant une calligraphie impeccable, on la chargeait de la rédaction d’adresses, de compliments pour des activités, des anniversaires.

Elle partageait cette passion de l’écriture et de la lecture avec Aldori Dupont. Je conserve précieusement un scrap book de poèmes, pensées, dactylographiés par cet ami; ainsi que des carnets où elle notait des pensées, des biographies d’écrivains, ainsi que des volumes d’art.

«Amicalement à Mlle Éliane Bergeron : Par A.Aldori Dupont»

En 1934, Éliane et son époux, Jules Trottier, s’installent à Montréal. Pour occuper ses loisirs, elle s’inscrit à l’Université de Montréal et, en 1937, obtient un diplôme en sciences sociales, une des premières femmes à le faire.

Poèmes de Dupont dédiés à ma tante Éliane et signés de ses initiales.

Après le décès de son mari, elle recommence à enseigner pendant 21 ans. Elle vécut jusqu’à l’âge vénérable de 99 ans et 10 mois.

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Petite prose en hommage à La Tuque publiée par Éliane Bergeron

sous le pseudonyme de « Liane». 2 décembre 1933.
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Aldori Dupont, vers 1960. Tiré d'une annonce publiée dans l'album du cinquantenaire
de l'arrivée des maristes à La Tuque. 1961.
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